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J‘avais évoqué précédemment une petite victoire sur la procrastination et mon syndrôme d’exigence élevée qui m’empêche toujours d’écrire, l’envoi d’un petit texte sans enjeu à la revue Chemin Faisant.  Eh bien c’est fait, la revue est sortie et mon texte figure en bonne place dans ces feuillets ivoire.

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Samedi soir, je me suis rendue à la fête de lancement du dernier nouveau numéro de Chemin Faisant autour du thème « Menu de nuit ». Dans le bric à brac des ateliers partagés de la Chiffone Rit, j’ai pu apprécier à nouveau l’univers éclectique et magique des créateurs de cette revue.

Chemin Faisant c’est une histoire de transmission entre parents et enfants, c’est ce qui m’a plut dans ce projet.  Une transmission de l’art, de la liberté et d’une utopie des mots libérés de tout carcans qui s’entrechoquent aux photos aux dessins, aux installations éphémères, aux sons plutôt hypnotisant du groupe C’est Bien Ben.  Avec un dessin réalisé pendant le concert.

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Ce qui m’a le plus touchée lors de cette soirée, ce sont les quelques retours sur mon texte « Mes nuits par le menu ». En effet en discutant avec l’équipe, j’ai été très surprise de leur enthousiasme et eux-mêmes se sont dit surpris de la liberté de ton du texte que j’ai envoyé.  En effet ce menu de nuit, m’a inspiré un texte à la fois culinaire et cul, les deux vocables me semblant toujours s’interpénétrer.

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Quand j’ai écrit ce texte, je l’ai d’abord beaucoup pensé, retourné, mis en bouche et les mots sont venus d’un coup, simplement dans la joie d’écrire libre.  Puis je l’ai lu, relu, corrigé, légèrement amendé.  J’ai commencé à le juger, commun, pas aussi bon que je l’aurais souhaité.  Je me suis dit que c’était tellement peu original qu’il serait sans doute recalé, pour sa médiocrité.  Pourtant certaines phrases me semblaient satisfaisantes et pour elles, j’ai fais le choix de l’envoyer, vite avant de le regretter.  Quelques semaines plus tard, un mail m’informait qu’il serait publié, j’en ai été touchée, rassurée et presque surprise.

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Là encore mon démon intérieur, l’Exigeant Paravent (E.P) tentais de scier en douce la branche de l’arbre sur laquelle je grimpais. Son travail de sape m’a poussé à ne plus relire le texte, le laissant abandonné dans un coin.   Samedi soir, quand j’ai reçu ces compliments venant de gens que je ne connaissais pas et qui n’avaient d’autre motivation que de me dire ce qu’ils en avaient pensé, j’ai décidé de le relire.  Finalement, la musique des mots m’a reprise, et je suis heureuse de cette première publication.  Un petit extrait ci-dessous.

Au menu de mes nuits, il y a en guise d’amuse-bouche des coquelicots fardés, lardés de barde grasse et de barbe mangés. A la langue de veaux débitée en tronçons, je préfère l’escargot au beurre d’ail.  Gastéropode que l’on tire de sa coquille à l’aide d’un petit pic dont les pointes fourchues viennent me chatouiller la plante des pieds.

Mes derniers textes publiés l’ont été dans le journal du collège il y a presque 20 ans, ensuite j’ai écrit dans plusieurs blogs, et  j’ai créé un magazine de tricot en ligne. Je passe mon temps à écrire et pourtant, qui me lit ? J’écris pour juger les autres, C’est mon travail… Comment dans ces conditions me libérer ce de juge si exigeant ? Sans doute en écoutant vos retours.  Si ce premier texte vous intéresse, je vous invite à découvrir la revue Chemin Faisant en vente à Bordeaux à la Machine à Lire (tous les points de vente).  Merci à toute l’équipe pour leur confiance et leurs encouragements, je serai au RDV du prochain numéro « Douze ». Bonne lecture à tous et n’hésitez pas à me dire ici ce que vous en avez pensé.

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Toutes les photos de cet article sont de Solweig Cheron, merci pour ce prêt.

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Changer

Je me suis souvent sentie pleine de paradoxes, ne sachant pas entre une posture et une autre laquelle était vraiment moi et laquelle était une simple réaction. Un jour j’ai dit sur un autre de mes blogs que j’étais versatile.  Je sais que ce qualificatif a des connotations négatives, mais c’est ce que j’ai trouvé de plus juste pour qualifier les fluctuations de mon esprit.  Je change souvent, sans toujours bien savoir qui je suis. Ces derniers temps, j’ai beaucoup travaillé sur le sujet de mon identité, recherchant mes racines dans des histoires anciennes et questionnant également l’image que j’ai de moi-même, la confrontant à celles que me renvoient les yeux des autres comme autant de miroirs déformants. Peu à peu, j’ai changé. Changer prend du temps, mais c’est toujours plus rapide que le temps que l’on passe à ne pas vouloir changer, à tenter de sauver les apparences pour les autres et surtout pour soi. Attention quand je parle ici de changer, ce n’est pas changer pour devenir autre, pour être mieux qu’avant, c’est changer pour devenir soi. Pour être plus en contact avec ce que nous sommes vraiment, notre Être, notre essence. La force du changement, c’est que bien qu’il ait lieu sur un plan psychologique, on en ressent également les bénéfices sur le plan physique.

Les 4 étapes fondamentaleClose-up_web-7_440s du changement (tirées de ma propre expérience). Je tire ici les conclusions des dernières semaines et des derniers mois passés à changer. Le changement est un processus, il continue de faire son oeuvre, mais j’ai à présent une vision plus claire de l’ensemble des étapes et je vous les livre ici, sous forme de considérations générales.  J’insiste sur les sensations physiques décrites à la fin de chaque étape qui ne sont pas toujours les mêmes selon les personnes.

Le chemin du changement est semé d’embuches, de la prise de conscience d’un malaise ou d’un manque à la réalisation que l’on a finalement résolu son problème, il faut s’armer de patience.

 1 La prise de conscience est un premier pas.

Close-up_web-15_440Parfois lente, parfois brutale, elle est souvent retardée par la peur, l’idée qu’en confrontant son problème, on va encore l’aggraver.  En effet après la prise de conscience la spirale de la lutte et ses douleurs arrivent. On ressent souvent de la colère et de la rancoeur qui redoublent la douleur d’être soudain confronté à soi-même et à ses problèmes.  Toutes ces choses que l’on voudrait toujours oublier mais qui sont bel et bien là présentes et à la vue de tous. Vivre sans prise de conscience revient à danser  sur un plancher à trous. On recherche la joie et la légèreté en essayant d’oublier l’angoisse de se tordre les chevilles à chaque instant. Certains dansent, aussi vite qu’il le peuvent, et pensent par le mouvement perpétuel pouvoir oublier les trous du sol sur lequel ils évoluent en funambules.  J’ai choisi de rester dans un coin de la pièce et d’observer froidement  les écueils et renonçant à la danse. Les anglais ont cette expression que j’aime bien pour évoquer le non-dit ils disent « an elephant in the room »  ce truc absolument énorme,  que tout le monde voit, autour duquel on tourne, mais dont on ne veut pas parler et que l’on feint d’ignorer. Quand le non dit est verbalisé, quand la prise de conscience a lieu et qu’un premier pas vers le changement est effectué, à  ce moment on ressent un certain soulagement.  C’est un soupir d’apaisement qui vient en premier, parfois aussi une grande fatigue ou un état de confusion si la prise de conscience à été brutale.

2 La seconde étape du changement c’est  la lutte ou la résistance.

Close-up_web-17_440C’est le moment le plus douloureux, le plus pénible, c’est celui qui fait rebrousser chemin, souvent on oscille entre prise de conscience et résistance.  On se demande pourquoi la prise de conscience ne fait pas miraculeusement advenir le changement tant attendu.  On a tellement été habité à voir ces moments de  « break through », c’est à dire de révélation, où soudain dans la prise de conscience un changement s’opère instantanément.  La prise de conscience réoriente l’esprit, mais pas les actions ni les habitudes qui sont le plus difficile à changer. En réalité de nombreuses personnes  sont tout à fait conscientes de leur problèmes.  Ce qui leur échappe (et c’était mon cas) ce sont leur mécanismes de défense, leur mode de lutte qui s’activent dès qu’ils tentent de changer.  Ces mécanismes s’activent à notre insu pour  perpétuer des schémas mentaux (le plus souvent protecteurs et défensifs) issus de l’enfance. On a alors l’impression de lutter contre soi-même, de se perdre, de s’écrouler.  La lutte peut prendre la forme d’une certaine violence, d’une grande colère, elle peut aussi se muer en dépression, elle fait toujours souffrir. Quand on veut y échapper  elle prend aussi la forme d’une fuite dans les drogues ou l’alcool.  Le moment de lutte est celui où on se replie, les épaules rentrées vers l’intérieur, la tête basse, on se protège, on est sur la défensive, elle se caractérise par une tension générale du corps, des maux divers et beaucoup de douleur.

3 La troisième étape c’est l’acceptation.

Close-up_web-41_440Cette étape est cruciale et reste la plus mystérieuse, la moins étudiée et décrite. L’acceptation d’un état de fait bancal, l’acceptation de son propre malaise. Cette étape d’acceptation est essentielle, c’est aussi l’étape qu’on appelle « lâcher prise ».  J’en ai déjà parlé parce que je croyais que lâcher prise était un synonyme de faiblesse, d’abandon de la lutte, de retour en arrière. Comme il m’était impossible de lâcher prise, je me refusais cette acceptation. Pourquoi me plier à des lois que je ne reconnaissais pas ?  Le rejet, le doute, la remise en question, tout phénomène de justification de nos souffrances et de nos douleurs est le signe que cette étape d’acceptation n’est pas accomplie.  L’acceptation c’est aussi prendre conscience que le risque n’est pas celui  que l’on croit, que nos peurs nous tiennent, nous dirigent et nous définissent plus que nos désirs. L’acceptation n’est pas une posture mentale qui peut être feinte, c’est le passage le plus difficile et c’est elle qui marque le véritable changement. L’acceptation c’est aussi et surtout s’accepter soi-même et apprendre à mieux se connaitre. L’acceptation vient du coeur, elle libère les tensions dans tout le corps,  principalement dans le haut du dos, les épaules, les trapèzes. Elle s’accompagne d’une sensation de légèreté, de douceur, de bien être et parfois d’euphorie.

4 La dernière étape est à nouveau une prise de conscience.

Close-up_web-8_440Celle ci a lieu quelque temps après la lutte et l’acceptation,  alors que la situation s’est apaisée, que l’on retrouve un nouvel équilibre, un jour sur un petit détail on se dit « J’ai changé » ou le plus souvent on nous dit « tu as changé ». Vous avez remarqué qu’on ne dit jamais « je change » ?  Pourquoi ? Parce que quand on dit j’ai changé, ce n’est pas pour évoquer un changement radical lié à notre Être, mais plutôt un changement de posture de notre égo vis à vis de ce que l’on est, un pas supplémentaire dans l’acceptation de Soi. Au moment où l’on change, ce que l’on  pourrait dire c’est « je souffre, je lutte, je suis perdu, j’ai peur » toutes ces choses que l’on ne peut pas dire et qui sont difficilement acceptées socialement alors on ne dit rien et on attend le retour du calme, soit en retournant à son état de malaise initial si on ne parvient pas à l’acceptation (après tout c’était pas si mal et bien moins pire que de traverser les prises de consciences et la lutte pour s’accepter) soit en acceptant ce qui vient sans jugement, avec bienveillance et douceur. Notre corps et notre regard intérieur sont à nouveaux alignés, il y a de l’harmonie, de la joie et plus de stabilité à l’intérieur pour affronter les prochaines tempêtes. Mais aussi une meilleure conscience de notre fragilité et une forme d’ouverture intérieure.

Conclusion

Alice

Alice Guilhem 2.7.1901 – 10.01.1941

Le plus important dans le changement, c’est qu’il doit être l’occasion de se rapprocher de soi, de se révéler à soi-même.  Si vous changez pour devenir autre, pour vous fuir, parce que vous vous jugez, ce changement restera superficiel et il n’apportera que plus de résistance  et de douleur dans votre vie.  Changer, c’est s’accepter de plus en plus, se reconnaitre dans son unicité.  Paradoxalement beaucoup de changements passent par une reconnexion avec celui ou celle que nous avons été enfant.  Changer c’est travailler son identité, mais sur le mode de l’Être et pas sur celui du paraitre, de l’apparence, ni même pour faire plaisir à d’autres.  On change pour soi, pour devenir un peu plus celui que l’on est, pour ouvrir à notre Être de nouvelles perspectives.  C’est pourquoi j’ai choisi d’illustrer cet article avec quelques portraits de la série « Français » de Seb Lascoux.  Allez la découvrir dans son intégralité, elle est régulièrement augmentée de nouveaux visages et tous ces visages tellement différents ont au fond des traits communs, une beauté partagée, celle d’un sentiment d’identité partagée, qui n’a rien à voir avec des théories politiques de gauche ou de droite.  C’est dans la diversité, dans le multiple, et dans le versatile que l’on définit le mieux l’identité de chacun. Dès que l’on est enfermé dans une catégorie, coupé de notre complexité, de nos racines, de ce que l’on porte en soi d’unique, on est mutilé, on est nié, on est jugé. Le regard du photographe, par un dispositif égal pour tous, nous donne à voir au delà de l’apparence, ce qui nous relie les uns aux autres. Je le remercie pour sa confiance et le prêt de ses images.

Toutes les images de cet article excepté la dernière sont tirées de la série de portraits « Français » photos de Seb Lascoux.

    Changer tout seul  ?  Pas si facile. Si vous devez un jour effectuer un travail sur vous même pour évoluer, je vous invite à vous faire accompagner.  Beaucoup de personnes (et j’en ai fais partie) pensent encore qu’aller voir un psy ne se justifie que si l’on est un peu fou, ou dans un état de souffrance intenable, de même si vous êtes artistes ne craignez pas d’y perdre votre créativité en vous libérant de vos névroses.  J’ai longtemps pensé pouvoir résoudre mes problèmes directement sans l’aide d’un tiers, mais aujourd’hui je sais que cette démarche m’a été salutaire.  Il faut choisir la bonne personne, l’approche qui vous convient, mais rappelez vous que vous êtes en charge du gros du travail.  Le thérapeute est là pour vous accompagner et vous guider avec bienveillance, dans une écoute active, ce qui n’a rien à voir avec l’écoute que peuvent vous apporter vos amis et de vos proches.

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Papier Addict

En ce moment j’écris principalement sur ordinateur, efficacité oblige.  Mais j’aime beaucoup écrire sur des carnets, des cahiers,  oui j’aime le papier.  J’aime envoyer des lettres et en recevoir.  La surprise quand on ouvre la boite aux lettres de voir notre nom écrit à la main. Le choix du papier, de l’enveloppe, du timbre même parfois.  C’est un poncif depuis l’avènement du téléphone portable, des mails, des messageries instantanées, nous ne recevons par la poste que des factures, d’éventuelles fiches de paye et autres incentives administratives.   Quand avez vous reçu pour la dernière fois une lettre écrire à la main ? Décacheter l’enveloppe, toucher le papier choisis, lire les doutes, les ratures, les mots formés par l’aléatoire de la graphie.  Personnellement j’ai échangé pendant mon adolescence des nombreuses lettres avec mes amies, même si on se voyait tous les jours au collège, on s’écrivait des mots.  J’ai tout gardé.

DSC03044J’aime le papier !

C’est pourquoi je soutiens les initiatives de ceux qui tentent de redonner tout son sens aux correspondances.

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Comme Laurent Champoussin, photographe, qui propose un abonnement « de la correspondance » pour recevoir tout au long d’une année, un carnet de bord photographique et quelques mots écrits au gré de ses pérégrinations. Avec tout le soin et l’inventivité que Laurent porte à ses projets, jusque dans les plus petits détails.

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Je salue aussi  l’idée de ces deux designeuses graphique bordelaise de faire revivre un ancien procédé typographique le « Letterpress » sur une machine Heidelberg de 1947 dans leur atelier Riverside Press situé en plein coeur de Bordeaux.  Je me suis d’ailleurs offert quelques cartes postales que je vous propose de  recevoir à votre tour, un début de correspondance entre vous et moi.

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Autre trouvaille locale, les monographies d’illustrateurs sous forme de cartes postales éditées par l’assocation n’a qu’un oeil.

Laissez moi un message avec votre adresse pour recevoir une petite carte !

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Mauvais goût

La question du goût -et notamment du bon goût- se retrouve dans tous les domaines que je touche du doigt ou du bout de la langue.  Or j’ai vécu la semaine dernière une expérience inédite qui m’a quelque peu fait réfléchir.  J’ai été invitée à une dégustation de vins, par un journaliste émérite de Terre de Vins qui me fait régulièrement rêver et voyager virtuellement des papilles grâce aux réseaux sociaux.  J’avoue être amatrice de vins, surtout depuis mon retour à Bordeaux où j’ai très vite compris que si je voulais  nouer des relations il allait me falloir jouer du tire bouchon et du couteau à huîtres.  Bref je n’y connait rien, mais j’aime bien !

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Me voici donc embarquée sur une péniche à quai, judicieusement nommée « la balle au bond », comme cette invitation que j’ai acceptée sans trop savoir dans quelle galère je m’engageais.  Arrivée à bord, on m’a donné mon paquetage : un  verre Riedel et  un dossier de presse conséquent sur la vingtaine de vins présentés.  Après un bref discours, je retrouve mon initiateur  qui m’indique la marche à suivre. D’abord regarder, puis sentir et enfin goûter, mais attention il faut cracher.  Le crachoir est un ustensile assez barbare que  je trouve peu féminin, je ne sais pas pourquoi,  donc je rechigne un peu au début à l’utiliser.  Mais devant l’ampleur de la tâche et après un petit rappel sur l’importance de la rétro-olfaction, je finis par glavioter après chaque gorgée.

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Puis vient la première question : « tu en penses quoi ? »  Cette question qu’on entend après les films au cinéma, au cours d’un repas, après l’amour parfois… C’est une question qui fait basculer dans le jugement, finis le ressenti, la sensation doit trouver son exutoire en mots choisis. Dès qu’il faut donner son avis, on  dévoile à la fois ses goûts, mais aussi sa culture, ses connaissances et lacunes. Donner son avis dit tout de nous. J’en sais quelque chose, c’est mon métier. Je répond ce qui me passe par la tête, en essayant de ne pas trop me mouiller, mais c’est jamais facile sur un bateau.  J’ai l’impression de décevoir, qu’on lit en moi mon manque de connaissance, mon inculture et mon goût parfois douteux.  Ma réponse n’est sans doute pas aussi élégante, ni élaborée que je l’aimerai.  Mais il faut bien en passer par là, la culture, le goût, ne viennent qu’en pratiquant, en je jetant à l’eau,  en élaborant des jugements que l’on révise ensuite, une fois qu’on a appris. Le mauvais goût c’est sans conteste l’école de l’humilité, car nos croyances sont sans cesse questionnées par le bon goût des autres.

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J’ai ensuite retrouvé un ami de longue date, qui revenait d’un voyage initiatique au Pérou.  Cette quête chamanique à base d’Ayahuasca et d’autres plantes locales réputées pour leurs vertus thérapeutiques et hallucinogènes, ont amené mon ami aux confins du confort physique.  De ce qu’il m’en a raconté, c’est après avoir vomi la décoction de plantes ingurgitées que cette dernière fait effet.  Le temps d’attente, de malaise et de profonde détresse corporelle avant d’atteindre ces  moments de plénitude, de  compréhension et de contact avec la plante, sont perçus par certains comme un mal nécessaire.  Comme si il fallait se purger de certaines énergies négatives avant d’atteindre l’illumination.

DSC02591J’ai pris récemment conscience à la lumière de ces expériences que toute forme « d’expression » est bonne à prendre.  Les mots ne sont que l’expression de notre cerveau, mais le corps s’exprime avec plus de force et souvent par des moyens considérées moins élégants.  Au delà du bon goût, il a nos  affects, notre histoire qui fait que l’on préfère la douceur à l’acidité, que l’on est plus sensible aux tanins, au poivré, qu’une odeur nous évoque un souvenir et d’autres nous échappent, car elles n’ont pas été fixées avec la même force émotionnelle dans notre mémoire.

Les mots sont souvent un palliatif, un moyen de tourner autour du pot, par périphrases, on évite ainsi la gène de s’exposer directement à la critique et au jugement.  J’ai  depuis peu des flashs où je me met à crier, sans raison apparente, si ce n’est exprimer ce qui est resté trop longtemps contenu. Ce cri primal, que je m’autorise à peine à évoquer, retentit dans mes rêves, dans mes méditations au yoga, sans que je comprenne pourquoi.  Je crois que j’ai quelque chose à dire et un furieux besoin de me faire entendre.

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Changer d’air

Le processus d’écriture est complexe et chacun l’apprivoise à sa façon.  J’aime être chez moi, travailler dans mon cocon, mais parfois un changement de décor, de rythme, d’environnement est propice au travail et à la réflexion.   Quand mon amie S. m’a proposé d’aller m’installer dans sa maison de vacances en Bretagne, je me suis dit que ce serait l’occasion de travailler au calme.

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Le départ ne s’est pas fait sans peine, j’ai eu du mal à quitter mon chez moi, mes chats et ma poule… J’avais peur de  l’inconnu, peur de m’ennuyer, de me sentir seule, peur de ne pas être assez forte pour assumer  mon envie d’écrire et mon besoin de calme.

Quitter mon quotidien, me retrouver face à moi même et surtout face à la mer (en l’occurence l’Océan) m’a semblé pendant un moment une épreuve insurmontable.  Mais j’avais tout organisé pour partir sereine et maintenant que j’étais au pied du mur, il fallait que j’assume cette envie d’ailleurs.

Je me suis  installée sur la presqu’île de Rhuys pour 10 jours avec la volonté de travailler tous les jours, mais aussi de profiter de la nature, de l’océan, du soleil, bref d’ouvrir une porte sur un nouvel univers.   Le cadre était idéal, le calme parfait, j’ai tenu le planning de travail que je m’étais imposée (4 heures d’écriture par jour).  Le reste du temps, j’ai fais de longue ballades à pied qui m’ont permis de réfléchir avec mes membres antérieurs et de laisser ma tête ouverte aux vents d’ouest, mes yeux jamais lassés du spectacle changeant offert par la côte du Morbihan.DSC02170

J’ai écrit, exilée volontaire, j’ai trimé sans difficultés, mais sans parvenir à trouver non plus cette sensation de fluidité, quand le travail nous absorbe tout entier et qu’on en oublie le temps.  J’ai lutté contre moi même, contre mon envie de faire autre chose, de m’échapper de cette contrainte si particulière qui consiste à réfléchir au quotidien à ce que l’on veut dire et à comment le dire.

J’ai utilisé les outils développés cette années pour l’atelier d’écriture. J’ai même envisagé d’en créer de nouveaux au fur et à mesure de l’avancée de mon projet de roman, qui seront à leur tour partagés avec d’autres auteurs en devenir.

Se libérer de ses chaînes n’est pas si facile.  Se libérer de ses propres pensées limitantes « Je ne suis pas un auteur », « Qui va me lire et me comprendre »,  « Si je n’étais pas aussi douée que je le souhaite ». Se libérer aussi des attentes des autres, de leur jugement.  Se sentir libre et retrouver des mots anciens, des vers oubliés… Ceux de ce sonnet de Pierre Marbeuf.

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Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

 

Celui qui craint les eaux qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

 

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

 

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

Se dire que finalement on échoue jamais  vraiment, on est parfois simplement en cale sèche, en train d’attendre la Grande Marée à écouter du Miossec pour ne pas oublier que toutes ces larmes versées ne le seront pas en vain.

DSC02182En route Matelots !

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Se découvrir Frères

Parfois nos proches sont tout simplement les gens avec lesquels on arrive le moins à parler…  J’ai souvent cette impression avec ma famille et depuis toujours je ressens beaucoup d’incompréhension envers mon frère.  Cet être étrange dont j’ai partagé les jeux, l’éducation, sans doute une partie des gènes, mais au final, j’ai toujours ressenti l’altérité.  Mon frère est l’Autre, celui que je ne comprend pas. J’ai mis du temps à réviser ce jugement sans doute hâtif, emporté comme une colère d’enfance.  Le mot frère, m’a toujours été étranger, j’avais l’impression de ne pas ressentir ce qu’il faudrait envers lui. D’avoir, à la place de l’élan du coeur, une simple incompréhension muée en indifférence.

Aujourd’hui après des années d’indifférence, et des kilomètres de distance, je suis revenue  vivre dans la même ville que lui, avec dans l’idée de tenter de reconnecter où du moins d’apprendre à le connaitre mieux.  Or mon frère semble comme moi souffrir de cette capacité de déconnection et de mise à distance envers les évènements  et les gens.  Je sais qu’il a longtemps souffert de mon indifférence à son égard.  Et je sens, sans un mot, à quel point il tient à moi malgré tout.   Comme moi il semble s’être blindé derrière une solide carapace qu’il n’est pas aisé de briser. On aura beau nous faire craquer au casse noix, mon frère et moi resterons des crustacés de premier choix.  On préfèrerait bouillir dans notre coquille plutôt que d’accepter de montrer nos chairs à vif à quiconque.

Par moment (mais rarement) il y a comme une faille, il accepte de me dire qui il est avec sincérité. Je découvre alors notre incroyable proximité.  Incroyable surtout pour moi qui ait toujours pensé que nous étions différents au dehors comme au dedans.  Ces moments de fulgurante révélation me bouleversent à chaque fois, je voudrais qu’il y en ait plus et en même temps la violence émotionnelle qu’ils libèrent en moi serait difficilement supportable au quotidien.  Alors on revient à nos petits mensonges, on dit que « ça va » quand ça ne vas pas, parce qu’on n’a pas vraiment appris à se parler autrement et encore moins à se faire confiance, suffisamment pour partager ce que l’on ressent.

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Je voudrais pouvoir lui dire que son amour tant rejeté me manque. Que tous les crustacés doivent muer et qu’on est pas obligés de porter ces carapaces pour nous protéger de l’autre.  Qu’il peut se confier, enlever son  armure, arrêter de jouer les durs.  Que je veux changer et  rajouter le mot Frère à mon vocabulaire, pour que lui puisse aussi avoir enfin une Soeur. Je sais que ce ne sont que des mots.  Les actes seuls comptent et nos retrouvailles prendront le temps qu’il faut. Le temps de se pardonner, de se retrouver, de se reconnaitre, toute une vie peut-être ?

 

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L’illusion germano-pratine

Samedi dernier je me suis rendue dans une grande zone industrielle comme il en existe en périphérie de toutes les villes et j’ai passé les portes d’un de ces supermarchés de la culture, du loisir créatif et de l’art récréatif.  Là en plein milieu il y avait deux petites tables à quelques mètres de distance l’une de l’autre et échoués chacun sur leur ilot sous des grandes bannières au nom de l’enseigne culturelle, il y avait deux écrivains, une femme et un homme. Tous deux avec une pile de leurs livres respectifs à côté d’eux et personne ne s’arrêtait pour leur parler.  C’était des écrivains au travail, dans ce moment qui suit la création d’une oeuvre où l’on croit que le plus dur est passé et pourtant… Il reste la promo !

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La promo d’un livre peut prendre plusieurs formes. Si l’auteur est très connu ou alors dans l’air du temps, il passera au Grand journal, à la Grande Libraire ou sur un plateau d’émission de divertissement ou au 13 h de France 2.  Peut-être qu’on en parlera sur France Culture ou sur France Inter, peut-être même aura-t-il la chance de se faire critiquer par le Masque et la Plume et puis il y a les journaux, les articles, des citations, les bonne feuilles, les extraits, les blogs. Mais la rencontre d’un auteur avec son public, entendre directement les mots de ces derniers, voir leurs yeux briller à l’évocation de tel livre, de tel passage. Signer  avec son plus beau stylo, écrire quelques mots, sur la page blanche au début de son propre livre édité, enfin.  Ca doit être et de loin le plus grand bonheur d’un écrivain qui a travaillé dans l’ombre et dans la solitude des années durant.  Or ce summum de la vie d’écrivain, m’est apparu dans toute son angoissante vacuité.

Les+tribulations+d'une+caissiere

Les auteurs attendaient, chacun à sa petite table que les clients pressés de consommer de la culture daignent s’intéresser à eux.  Où mieux qu’une personne entre et vienne directement à leur petite table les tirer de leur solitaire traversée du samedi après-midi de dédicace.  Or l’attente peut-être longue et il faut bien s’occuper.  La femme d’une cinquantaine d’années, l’air d’une prof d’anglais un peu hirsute semblait absordée dans la lecture d’un livre à la couverture sombre, un polar, peut-être même le sien ? L’homme d’un certain âge également vérifiait avec attention l’alignement des piles de livres en attente d’être dédicacés.  J’imagine qu’une fois le fonctionnement du stylo vérifié, la fermeture de sa braguette,  les liens de ses souliers, le col de sa chemise, ses boutons de manchette et la mèche  bien plaquée, il ne lui restait plus grand chose à faire. Quand je suis repassée il semblait somnoler  ou bien contemplait il le plafond ? Basculé en arrière sur sa chaise.

J’avoue n’avoir pas trouvé le courage d’aller leur parler, de les tirer de leur ennuyeuse torpeur.  Je l’avoue, j’avais peur.  Peur qu’ils me vendent leur livre que je me sente obligée de repartir avec ce pavés d’au moins 600 pages, fruit de leur dur labeur d’auteur. Et qu’avais-je moi à leur dire ?  « Bonjour je ne vous connais pas, mais vous semblez être un auteur en vrai et en perdition.  Je peux vous aider, m’intéresser ? » Non  j’ai fais comme les autres clients, traversé le magasin, j’ai fais mes menus achats et sur le chemin de retour, j’ai remarqué une autre table un peu plus excentrée, moins visible depuis l’entrée, une table avec un autre auteur présent pour dédicacer son oeuvre. Et là surprise il y avait devant lui une petite file de personnes qui se formait. Des lecteurs avides, trépignants, serrant leur exemplaire fébrilement avant de pouvoir le rencontrer et lui glisser quelques mots.  Auteur populaire, mais néanmoins décalé, j’étais au rayon BD !

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Lâcher prise et « what if » fiction

Dans notre société de compétition et d’apparence, le lâcher prise et l’acceptation sont des notions dépréciatives. Seuls les faibles abandonnent sans se battre. Nous voulons toujours gagner de haute lutte et principalement contre nous même. C’est la violence, la contrainte et la tyrannie qui font loi.  J’ai pourtant découvert avec le yoga la puissance du lâcher prise et la force extraordinaire qui se développe dans l’abandon. Quand au lieu de se contraindre on se laisse aller en douceur aux règles de l’attraction terrestre par exemple.  Certaines postures vont beaucoup plus loin quand on les travaille dans le relâchement. On sent alors à quel point nos tensions, nos exigences et notre maintien pèsent sur notre corps.

928La puissance du lâcher prise reste ignorée dans notre culture occidentale, la nature doit être contrainte, rééduquée car elle est fondamentalement mauvaise.  Nous vivons encore dans des croyances anciennes issues des heures sombres du catholicisme que nous soyons croyants ou pas, ces idées nous baignent.

Et si…

Lâcher prise, c’est aussi accepter qu’il n’y a que l’instant présent qui compte. Le contrôle que j’exerce sans fin n’est pas un contrôle du présent qui par définition me file dans les mains.  C’est un contrôle du futur.

Yogi_chakrasana

Si je parle aujourd’hui de lâcher prise, c’est que j’en connait un rayon sur l’auto-contrôle et l’auto-surveillance. Depuis peu, j’ai découvert que travailler mon lâcher prise consiste principalement à éviter de me raconter des histoires, à ne plus inventer les  situations possibles à l’infini si je fais celà ou ceci.  Il est très difficile pour moi de ne pas imaginer l’univers des possibles, d’arrêter de me raconter des histoires sur ce qui pourrait ou devrait se passer.  Le but est d’arrêter de se projeter dans le futur pour vivre au présent.

Pour lâcher prise, il faut être bienveillant envers soi-même,  l’occasion de se rendre compte que la plupart des éléments fonctionnent en homéostasie, et que tenter de tout contrôler est épuisant. Aussi rassurant qu’angoissant ! Ce contrôle, loin de nous protéger comme on aime à le croire, nous oblige à lutter sans cesse contre nous même à nous épuiser, il nous fait perdre de vue notre nature profonde.  Je ne sais pas ni la nature de l’homme est bonne ou mauvaise, loin de moi l’idée d’en juger, mais je sais que vivre en accord avec soi même est infiniment plus léger.

Lâcher prise pour moi c’est raconter toutes les histoires sur papier pour éviter que leur présence opressante ne parasite mon quotidien, comme ça a été le cas pendant longtemps.

Un exercice quotidien

Le lâcher prise ne se décide pas en un jour, il se travaille au quotidien, comme une gymnastique de la pensée, pour lutter contre l’hypercontrôle, rien de tel qu’une vigilance bienveillante, une observation sans jugement, la posture du yogi envers lui même quand il pratique ses exercices.

En pratique

Je commence par m’observer et relever les moments où je cherche à me contrôler ou à contrôler les autres,  je note les scénarios futurs que j’associe à ces actions.  La plupart de ces scénarios, ne se réalisent jamais, mais au cas où j’y ai pensé. Ainsi je conjure mes peurs, en les étalant un peu partout, et puis comme je n’ai jamais essayé de lâcher prise, comment savoir vraiment ce qui va arriver ? Cette surprise, cet inconnu, c’est ce qui m’effraye le plus.  J’essaye aussi de me libérer de la croyance : si je lâche prise à un moment, je vais rapidement perdre pied et ne plus rien contrôler.  Ma capacité de contrôle et d’intervention sur  ma vie n’est pas abrogée, je décide juste de ne pas intervenir et de voir ce qui arrive de temps en temps.

Comme l’exercice n’est pas évident pour les Control Freaks dans mon genre, il est recommandé de commencer à lâcher prise sur des petites choses,  pour ensuite essayer de faire le même travail avec un peu plus d’enjeu.

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Intuition

Ce weekend à l’atelier d’écriture, l’une des participantes qui est par ailleurs une experte en Feng Shui a pour la seconde fois fait mention de mes capacités intuitives. Cela m’a touchée car on m’a assez peu fait ce type de compliment. Pourtant j’utilise depuis longtemps l’intelligence intuitive sans parvenir à nommer ces impressions, correspondances, ces phrases que je dis sans y penser et qui touchent ceux qui les reçoivent parfois bien plus qu’ils en le laissent paraitre.   J’ai des dizaines de souvenirs d’utilisation de mon intuition, mais pour moi ce n’était rien de plus que des coïncidences ou au mieux, un peu de déduction logique.

J’ai grandi dans un univers ou  seule l’intelligence logique, mathématique et rationnelle était valorisée.  Chez moi il n’y a pas de mots pour qualifier la sphère de l’intuition, sa puissance est ignorée et longtemps je l’ai confondue avec ma volonté, croyant diriger ma vie, alors que j’ai suivi sans faillir mes émotions, mes sensations et qu’en cela j’ai souvent agit grâce à mon intuition.

Je me croyais irrationnelle, sans logique, contradictoire. J’étais en fait sensible, connecté et à l’écoute de mes intuitions.

Blast1C’est encore mon intuition qui ce soir m’a poussée à choisir ce dessin étrange qui résonnait avec la session du jour du Cercle de Rêves.  Un dessin qui s’est révélé issu du livre Blast de Manu Larcenet que je vais m’empresser de dévorer dans les prochains jours tant j’aime cet auteur. Je sais d’avance que ce livre va me parler et m’ouvrir de nouvelles correspondances mentales. Mon intuition est au final ce que j’ai de plus précieux, c’est ma boussole de vie, dans mes relations avec les autres, avec moi-même, dans les situations périlleuses et au quotidien. C’est ma prise directe avec le monde.

A suivre Si mon intuition m’incite à lire d’urgence ce livre, c’est sans doute que j’en ai besoin. Je reviendrais en parler après lecture.

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Insubmersible

En commençant un travail introspectif il y a quelques mois avec une psychologue, j’ai pris conscience de ce désir d’écrire qui m’avait nourrie durant toute mon enfance et mon adolescence. Puis je l’ai muselé, dompté, j’ai presque réussit à  le nier ces dernières années. Pourtant il est encore là, intact.

Quelle joie d’entendre enfin quelqu’un me dire si l’écriture est si importante pour vous, il faut le faire.  Au lieu des mises en garde que j’avais entendues toute mon enfance durant écrire n’est pas un métier. J’avais enfin trouvé une oreille bienveillante, qui semblait trouver normal que je veuille écrire et qui m’encourageait à poursuivre ce but, au lieu de tenter de m’en détourner.

Mais ces séances de psy ont aussi mis au jour un problème qui  me semblait être un frein à mon désir d’écriture : l’incapacité à formuler mes émotions, la difficulté extrême de ressentir des émotions.  C’est comme si je m’était amputée (volontairement ?) de ma vie émotionnelle.  J’arrivais très bien à analyser, à conceptualiser, à décrire des mécanismes de pensée.  Mais dès que nous arrivions dans la zone émotionnelle, tout était flou, je n’avais plus de mots, rien que des larmes en torrents, des sanglots sans fin intercalés de hoquets et de reniflements.   Dans le déroulé de nos séances, ma spy insistait souvent sur le caractère positif de cette libération de mes émotions par les pleurs.  Mais moi j’étais toujours perdue au moment de devoir mettre des mots sur ce qui me submergeais et me submerge encore régulièrement.

Plus jeune, j’ai souvent fait des crises de larmes au moment où je devrais défendre quelque point de vue qui me tenait à coeur, le plus souvent en parlant avec mes parents ou mes proches.  Aujourd’hui encore l’évocation de certains sujets sensibles, s’accompagne le plus souvent de pleurs incontrôlables.   Je sais que cela parasite mon message. Mes interlocuteurs prennent pour de la tristesse ces libations et ils sont alors déstabilisés, n’écoutant plus ce que j’ai à dire, ils cherchent à me consoler maladroitement et à mauvais escient.

NoteJe dis ma psy par affection pour elle, même si je ne la vois plus depuis quelque temps et que ce « ma » n’a rien à voir avec l’appartenance, mais à tout à voir avec qualité de connexion et le caractère unique de notre relation.

Ma psy est la première personne depuis longtemps à m’avoir écoutée entre les larmes, sans ce laisser démonter par ces grandes eaux. Une écoute qui loin d’être distante ou médicale, était pleine d’empathie. Je voyais parfois dans ses yeux rougir l’écho de mes propos.  Je la savais touchée, mais son attitude n’a jamais été de me réconforter, en ces moments là, l’écoute sincère des mots au delà de l’écran des pleurs m’a été très bénéfique.

Une fois que mon incapacité à exprimer des émotions à été mise au jour, je n’ai eu de cesse de la voir se répercuter, un peu partout. Dans mon attitude de défense/ attaque ironique envers les autres, dans mes difficultés à jouer du piano (instrument qui a un temps été mon mode d’expression privilégié pour les émotions).   Je voyais mal comment j’allais pouvoir écrire quoi que ce soit, sans recours au champ des l’émotions, sans pouvoir les nommer, les identifier, les ressentir.  Comme souvent j’avais peur que l’acte de m’ouvrir à mes émotions, ne mène à une submersion incontrôlable, un naufrage intérieur, un tsunami de mots chariant des maux.  J’étais à moi toute seule l’orchestre du Titanic qui continue de jouer sur le pont, pendant que le bateau coule et refuse de céder à la panique. Depuis des années je me suis amputée de l’émotion et j’ai masqué la cicatrice derrière une posture d’analyste, dogmatique. Analyser les autres et les critiquer, quel meilleur moyen pour s’oublier et pour ne pas entendre sa propre souffrance et ses désirs singuliers.

Récemment au cours d’une groupe de parole « cercle de rêves » auquel je participe, j’ai découvert que mes émotions étaient en train de revenir.  Peu à peu je m’autorise à ressentir des émotions et je peux même en parler.  Le dernier rêve que j’ai raconté était une expérience cathartique, forte, intense, en lien avec ma famille et mes blocages d’écriture et j’ai ressenti au réveil que cette expérience avait bougé les lignes, qu’elle m’avait permis d’exprimer des choses longtemps tues.  Ce moment, vécu en rêve n’en était pas moins fort émotionnellement. J’étais en larmes dans mon rêve, je me suis réveillée les yeux gonflés et rougis, épuisée et apaisée.  Quand j’ai raconté ce rêve au groupe, j’ai senti qu’il touchait les participants par sa puissance. Puis on m’a dit : c’est la première fois que tu évoques des émotions, tous tes autres rêves jusqu’alors en étaient dépourvus ».  Cette remarque m’a touchée, c’était juste et j’avais enfin réussi déverrouiller  l’émotionnel en moi.

Cet exemple est pour moi très parlant.  Il montre d’abord que le rêve n’a pas une valeur moindre que la réalité, et qu’une situation vécue en rêve peut se révéler aussi forte et intense émotionnellement et physiquement que celles vécues en état de veille. Tous ceux qui ont déjà vécu la mort d’un proche en rêve savent qu’au réveil, la douleur et l’angoisse sont réelles.  Puis on découvre avec joie que ce n’était qu’un rêve.  Mais dans l’autre sens, la séparation imposée par la mort, peut-être contournée dans le rêve qui nous permet de revoir les défunts, de leur parler et même d’évoquer parfois avec eux leur mort. Le rêve est très puissant et son pouvoir créateur ne devrait pas être négligé ou dénigré.

 Depuis ce rêve, j’ai la conviction que je peux me faire entendre, à travers mes pleurs.  Je sais que mes émotions ne viennent pas me déstabiliser ou me noyer, mais qu’elles sont au contraire une force, une conviction et un moyen de révéler ce qui est vraiment important pour moi. Je sais aussi que  ce ne sont que les premiers signes d’un retour à la conscience de ma vie émotionnelle, et que si je l’écoute au lieu de la rejeter, je vais pouvoir m’en servir à la fois pour vivre et pour écrire. Depuis que j’ai fais ce rêve je me sens insubmersible. Le Titanic peu continuer à sombrer avec son orchestre qui joue.  Moi c’est une autre musique que je privilégie, celle qui joue de son émotion plutôt que d’afficher sa virtuosité.


Youn Sun Nah – Hurt (Nine Inch Nails) par Daniel_Desrumaux

    Ce petit exemple quand une chanteuse Coréenne reprend avec un guitariste de Jazz une chanson de Nine Inch Nails qu’avait également reprise Johnny Cash (version à écouter également). Hurt se termine dans un souffle.