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Le temps de ne plus aimer

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Il y a cinq ans j’écrivais un article intitulé le temps d’aimer.  L’eau à coulé sous les ponts, l’amour s’en est allé et je me dois d’écrire la fin de l’histoire aussi triste et sordide soit-elle.  J’ai appris beaucoup de ce nouvel amour,  mais je fais surtout le constat  que j’ai un profond besoin d’être seule.

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Je savais qu’aimer expose à la douleur, à la perte, à diverses souffrances, jeux de pouvoirs et d’ego. Aimer expose aussi au bonheur de se croire un temps protégé à l’abri de la misère affective et sexuelle.  Mais l’amour n’est pas ce carcan figé  de la monogamie exclusive à l’usage d’un seul être, l’amour vivant est loin de l’idéal judéo chrétien de la famille nucléaire et du couple avec enfants.  Aujourd’hui pour moi tous ces codes appris sont un asservissement à l’autre et à la société.

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L’amour dépasse de loin ces cases pré-établies. L’amour est une force, une énergie pure qui peut  aussi bien venir nourrir une relation monogame, ou venir porter secours au prochain, il peut être tourné vers les autres ou vers soi et donner ainsi la force et la confiance qui nous permet ensuite de rayonner pour les autres.  En me délestant d’un amour sclérosé, je regagne ce qu’il y a de vivant en moi. L’amour est une relation, une co-construction dans laquelle tout doit être questionné. A vouloir créer l’enveloppe parfaite pour cet amour, LA maison, nous avons perdu de vue ce qu’il y avait de vivant dans notre relation.

Il m’est difficile d’évoquer sans affect cette histoire au passé, mais je sais que la fin de l’amour c’est du temps retrouvé pour moi, de l’énergie à venir pour les autres, et l’idée d’un passage vers l’inconnu, vers la découverte, vers la vie.  Se défaire de ce qui nous pèse, s’alléger de quelque croyances, y perdre des plumes… Me voilà nue a nouveau, libre et sans attache, plus forte et indépendante.

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J’ai appris la grande leçon du lâcher prise, l’idée qu’il faut accepter de perdre ce qui nous semble essentiel, savoir se dépouiller de tout pour retrouver la confiance dans l’avenir.  Tout comme il faut se départir de ses à-priori pour vraiment découvrir l’autre.  Se découvrir soi même nécessite aussi d’abandonner la lutte et d’accepter ce qui vient, ce qui parle à travers nos émotions, ce qui palpite sous notre peau blafarde.

J’ai passé près d’un mois à cligner de l’oeil de manière nerveuse, la paupière tétanisant, signe de fatigue nerveuse, d’épuisement moral, mais aussi  l’idée que mon oeil droit  trahissait quelque part ce dont j’avais le plus besoin : changer de point de vue et de perspective, arrêter de m’aveugler sur la situation, ouvrir enfin les yeux sur ma souffrance.

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Photos prises sur les toits de la base sous marine à Bordeaux, un symbole de résilience.  Comment de  la destruction,  renait la vie, les plantes endémiques avec un petit air de fin du monde…

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Résister

Départ du Maroc le 17 Mars 2020, quand tout à basculé dans la peur.

J’ai toujours eu l’impression d’un léger voile entre moi et le monde, d’une sorte d’incompréhension.  Depuis quelque temps déjà je me suis mise à la marge, j’ai ralenti, je me suis décalée, loin du monde, mais malgré tout en prise avec ce dernier, comme chacun d’entre nous.

Depuis le mois de Mars et l’étrange sensation de rupture  que j’ai ressenti quand j’étais loin de la France et que les évènements se sont enchaînés, me voici passée dans une réalité parallèle. Mais ne sommes nous pas tous entrés de force dans cette nouvelle réalité ?

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Je ne sais pas ce qui est vrai ou faux des messages scientifiques, des querelles et des croyances sur ce virus sa dangerosité, sa létalité… J’avoue que je ne sais rien de tout ça. Mais je ressens profondément un état de peur et de sidération qui nous pousse collectivement à accepter ce que nous n’aurions jamais accepté avant :

la limitation de nos libertés individuelles et collectives

 

Je vois la peur de l’autre et la haine nous séparer sans fin.  Par mon attitude décalée, je me suis mise en rupture avec la société tout entière.  Je perçois que le monde marche sur la tête et que les injonctions de l’état, les demandes de protection et de sécurité ne sont pas liées qu’à ce virus aéroporté.  Je n’ai pas peur du virus, mais je ressens la peur de l’autre, la peur et le jugement.

Il ne nous reste que peu d’espace pour être humain ces derniers temps, le sourire même (l’arme fatale) nous a été retiré.  Nous voilà tous bâillonnés, acceptant plus ou moins notre état, certains convaincus d’aider les autres et la société, d’autres simplement pris dans la marche des obligations légales.

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De mon côté je ressens une forte résistance depuis le début.  Cette notion m’est venue très vite et je crois pouvoir mieux imaginer ce que pouvait être la « résistance » de l’époque de la seconde guerre mondiale.  Ce n’est pas l’héroïsme ou la morale droite qu’on nous a tant vanté, ce ne sont pas des « justes »,  ce sont  juste des gens qui ne pouvaient pas faire autrement. Ce sont des familles qui se sont déchirées, des amitiés qui se sont brisées, parce que ceux qui étaient « antisociaux », ceux qui étaient « des terroristes », que l’on dénonçait comme tels, ne pouvaient pas faire d’autre choix.

Ce qui est juste en ces temps incertains,
c’est ce que l’on ressent comme juste.

 

Il faut  s’armer de courage  pour aller contre la loi, contre les masses, contre la morale, contre la société tout entière. Il faut garder dans le secret de notre coeur  nos croyances et  nos convictions intactes.  Des croyances sur l’humanité qui se perdent parfois dans les méandres de l’histoire.  Aujourd’hui je sens que l’humanité de tout un chacun vacille et tangue.  Je vois des murs de la haine (sur Facebook), des déferlements d’injures, des exagérations des dénonciations. Je vois que chacun aime à surveiller son voisin, à donner des petits conseils amicaux, à dénoncer tout simplement ceux qui ne vont pas dans le sens de la norme. L’impression d’être partout comme à l’abattoir dans des rails qui nous guident vers la mort de l’humain.  Suivre les flèches, le sens de la marche, ne pas réfléchir et ne pas se rebeller.  Les regards apeurés, c’est tout ce qu’il nous reste pour communiquer.  La voie est tracée  il ne faut surtout pas s’en éloigner.

Je n’ai jamais été dans ce sens là ! L’anticonformisme et cette distance au monde me préservent aujourd’hui de la folie collective.  Je tente de trouver le réconfort auprès de ceux qui partagent mes idées, mais nombreux sont ceux qui partagent le constat sans tirer les mêmes conclusions.  Les antis-,  les réacs, les extrêmes… Je ne veux pas de vos cases, de vos jugements, de vos conseils, je veux simplement vous dire que ma résistance servira au delà de ma personne, comme exemple, comme espace de liberté, comme espace ouvert à l’autre, sans peur ni haine.   La haine et la peur sont partout, s’infiltrant sous le masque et les regards suspicieux de chacun de nous. Il faut cultiver la lumière en nous, même si cette dernière doit parfois s’éclipser pour pouvoir renaître.

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Comment résister ?  c’est toute la question.  Aujourd’hui ce sont les mots, demain je l’espère aussi les actes.  Il faudra bien suivre sa voie, la mienne a pris un chemin de traverse et ne trouve plus sa place dans la société actuelle. Décalée je suis, et décalée je resterai…

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Le monde d’après n’existe pas

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Il n’y a pas de « monde d’après », comme cette expression est galvaudée !  Le monde n’a pas changé de nature, vous même n’avez sans doute pas beaucoup changé, et au final on nous fait croire qu’on a collectivement survécu à une menace planétaire pour mieux nous en libérer dans la joie et l’allégresse.  Pendant toute cette période, j’ai été particulièrement choquée par la communication et le storytelling d’une efficacité redoutable.  On nous a d’abord bien fait peur (et nombreux sont ceux qui sont encore englués dans cette peur), puis on nous a fait doucement accepter l’aliénation, la folie collective et tout ça pour le bien commun afin de penser aux autres.  Enfin on nous offre la liberté retrouvée, mais cet ersatz de liberté n’en est pas vraiment une.

J’ai pris beaucoup de distance avec ces évènements et quoi que chacun en pense à titre individuel, il est important de voir ce qui se passe actuellement, avec un regard qui porte au delà des apparences. Avoir une distance critique avec l’actualité, me semble être essentiel.

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En premier lieu relire (ou découvrir pour la première fois) le livre de Naomi Klein, « la stratégie du choc » sous titre « la montée d’un capitalisme du désastre ».  Attention ce  livre est une grille de lecture imparable de notre société actuelle et même si il date de 2013 et s’appuie donc sur des exemples aujourd’hui un peu ancien, il est d’une actualité criante.

Le choc a eut lieu et pendant que tout le monde avait les yeux rivés sur des chiffres et des courbes qui ne cessaient de monter, nous avons tous collectivement accepté et intégré à nos vies  l’inacceptable : devoir justifier de ses sorties et de ses déplacement, rester enfermé chez soi et puis le pire de tout : volontairement éviter les contacts avec les autres.  Nous voilà chacun dans sa bulle, la peur et les yeux rivés aux écrans, prêts pour le lavage de cerveau.  Les inégalités se sont renforcées, la peur de l’autre s’est renforcée, la misère affective aussi.

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Aujourd’hui c’est la phase 2 et sous couvert de réouverture,  on se rend compte que la crise économique est là, plus insidieuse et présente que jamais.  L’économie, ce n’est pas vraiment ce que je voudrais sauver ou défendre, mais ça fait des années qu’on nous apprend qu’il n’est pas de système  possible en dehors de celui-ci.  Il parait même qu’on l’a choisi (mais personne ne sait plus vraiment à quel moment).  Nombreux sont ceux qui voudraient sortir de ce système, mais il sait se nourrir des révoltes et des crises.  Il suffit de voir l’adaptation de la communication publicitaire, et son goût pour nous vendre  « le monde d’après » comme si un changement significatif avait eut lieu.  Rien n’a changé et nous continuons à dégringoler dans une course folle de consommation,  dans l’urgence de l’instantanéité.

Il y a bien longtemps que j’ai choisi de tout ralentir dans ma vie,  le temps long permet de réaliser soi même beaucoup de choses, avec une certaine satisfaction liée à l’autosuffisance.  J’ai aussi choisi de me rapprocher de la nature et de vivre à un rythme qui est décalé du monde tel qu’il va.  Je ne reviendrai pas en arrière, et ces dernières semaines n’ont pour ainsi dire rien changé à ma vie habituelle. Je m’adapte aux autres, à leurs craintes, à leurs doutes, je les constate, je ne les juge pas, mais je perçois chez chacun de nous que les limites du supportable sont atteintes.  J’avais déjà fait un pas de côté, je me sens maintenant sérieusement à contre courant. Résister aux courants de pensées dominants, proposer autre chose et voir si ça fait  sens et si ça prend.  Encore une fois rien n’a changé, je n’ai pas changé et vous non plus.  Mais on nous fait croire que tout a changé afin de détruire un peu plus ce qui fait de nous une société, ce qui nous relie et nous tient ensemble, voilà bien le type de discours produit actuellement.  L’obéissance à la règle nous limite. La haine et la jalousie nous limitent.

La peur nous limite.

DSC00150Le port du masque est un symptôme qui m’interpelle depuis  le début.  Ces masques qui ont tant manqué aux soignants quand ils en avaient besoin, que l’on a jugés inutiles, que l’on a déprécié (surtout ceux de fabrication artisanale) donc impossible à normer ou à évaluer.  Aujourd’hui ils deviennent la norme, la demande du plus grand nombre, mais est-ce vraiment une protection ou plutôt un moyen de faire taire la population ? De montrer dans l’espace public qu’on répond aux injonctions et à la demande du politique ?   Vous souvenez-vous ces chiffres qu’on nous assénais tous les jours lorsqu’ils montaient et qu’il fallait aplatir la courbe.  aujourd’hui la courbe redescend très près du plancher et tout le monde se protège d’un ennemi qui n’est déjà plus présent.  Les chiffres sont disponibles sur le site Infos coronavirus. Ces cartes interactives sont très bien faites, il suffit de les lire : je vis en Aquitaine, l’une des régions les moins touchées de France en valeur absolue.  Mais ce qui est intéressant ce sont les courbes. En Gironde, on peut voir le nombre de nouveaux cas détectés grâce aux tests effectués, dans l’onglet « suivi des tests ».  Si vous additionnez tous les positifs du mois de Mai (car les chiffres ne sont mis à jour que jusqu’au 25 Mai) ça fait 9 cas nouveaux pour toute la gironde (1,62 Million de personnes) ! Au plus fort de la crise le 30 Mars, on dénombrait 28 cas nouveaux dans une seule journée.  En île de France où le nombre de cas est bien supérieur, les chiffres des nouveaux cas témoignent aussi d’une baisse vertigineuse.

Le masque n’est une véritable protection que si vous cotoyez des personnes infectées, sinon avec toutes les autres, il est plutôt le signe que nous acceptons collectivement de vivre dans la peur de l’autre. Le masque est un signe visible de la présence du virus qui n’est déjà plus là.  Mais il permet aussi de soutenir que c’est grâce à lui que le virus ne circule plus. La réalité c’est que la menace est aujourd’hui d’une autre nature.  Il est probable que dans les mois et semaines à venir, comme c’est le cas depuis quelques semaines déjà, des lois liberticides soient passées sous couvert de l’état d’urgence sanitaire. Il est important de pouvoir sentir quand on est abusé et de savoir résister aux injonctions qui nous semblent indues.  Je crains pour notre avenir en tant que société.  Je perçois la peur et l’injonction à être vigilant et à respecter les « gestes barrières » et les « distances de sécurité »  comme un glissement lent et progressif vers une société de la peur de l’autre, une société de l’isolement de chacun à distance. Vous avez remarqué qu’il faut, depuis cette crise, marcher du bon côté des lignes tracées au sol, dans le sens et la direction qu’on nous indique et parfois même se retrouver enfermer dans une case.

Quelle angoisse cette case !

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Je fais  parti de ceux qui, en général, ont besoin de distance avec autrui, et c’est avec une certaine joie que j’ai abandonné les bises et autres accolades qui me semblaient souvent superficielles et parfois désagréables.  Mais le monde d’après, c’est à nous de le faire advenir et je ne me vois pas vivre dans un monde où les mots ne peuvent plus sortir clairement de ma bouche, ou j’étouffe de rage sous la châleur moite d’un masque à miasmes.  Je ne veux pas vivre dans ce monde du tout jetable, de l’immédiat et de la mémoire courte.  J’invite chacun à penser ce qu’il veut de la situation, mais à penser par soi-même, à se poser des questions.  Pourquoi en Gironde pour 9 cas détectés qui sont bien entendu assignés chez eux, il faudrait faire  vivre toute la population masquée?  Précautions certes, mais dans le sens aussi de prendre avec précaution les demandes parfois farfelues de nos dirigeants. Le monde d’après commence au moment où l’on décide d’ouvrir les yeux sur ce qui se passe sous la surface et d’accepter ce qu’on ressent.  Que celui qui n’a pas eut de symptômes ces derniers temps m’explique comment ça gratte, ça chatouille, ça bloque  la respiration, ça étouffe, ça inquiète, ça angoisse, ça ne me semble pas juste.

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Le chaos et après ? Nous voulons de l’ordre, nous voulons la sécurité, nous voulons l’opulence du tout tout de suite.  Ce qu’il va nous falloir c’est apprendre.  Apprendre à faire par soi-même, apprendre la résilience et le dénuement heureux.  Il faudra sans doute ré-apprendre les gestes du quotidien qui nous sont vraiment essentiels.  Les mains dans la terre, semer, planter, pour se nourrir.  Mais aussi profiter de l’abondance que nous offre la nature parfois.  Il faudra utiliser ce qu’on a, produire moins et réparer plus.  Notre planète est déjà munie de tout ce qu’il nous faut, si nous vivons à notre juste place, nous n’avons besoin de rien de superflu, rien de plus que l’essentiel.  Le monde d’après ne m’inquiète pas, tout comme le virus ne m’a pas non plus fait peur, il s’agit d’accepter et de continuer à vivre comme avant mais avec les yeux ouverts. Rester vigilant aux glissements d’une société tout entière vers la peur, la haine, le rejet et le chacun pour soi. Rester ancré, les mains dans la terre, c’est ce qui nous relie et nous protège le mieux que la folie actuelle.

PLANTEZ DES GRAINES !

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Partir

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Partir, en vacances ou pour une autre vie, pour une semaine, un mois, un an, partir est toujours un déchirement. J’ai beau y être préparée, l’avoir voulu, souhaité, organisé, ce départ convoque tous les autres… Ceux pour lesquels je n’étais pas préparée et où je me suis sentie arrachée, déracinée.  Ceux que j’ai voulu, mais qui ont malgré tout apporté leur lot de douleur et de déchirement.  Ceux que j’ai vécu ces derniers temps : déménagements, changements de ville et de vie, même le plus infime des départ contient tous les autres et apporte son lot d’angoisses et de doutes.

Ais-je fais le bon choix ? Saurais-je vivre ailleurs ? Que faire de ceux qui restent,  à qui l’on tient et dont on ne pourra pas s’occuper ? Suis-je dispensable ? Suis-je prête ?

Partir c’est quitter un monde pour aller vivre dans un autre.  Tout  départ valide de fait qu’il existe des univers parallèles, des mondes différents, un ailleurs qui continue d’exister même si on n’y est plus présent. C’est pourquoi le départ prend aussi la forme des phases du deuil, d’un rituel qu’il faut accomplir afin de voyager sereinement.  Il y a tant d’incertitudes une fois le seuil de notre porte franchi.  Mais en même temps nous ne quittons que très rarement le monde balisé, normé, contraint de nos sociétés modernes.  Je regrette parfois le temps des voyages en bateaux, incertains et longs, celui du train à travers l’Europe jusqu’en Orient.  Je n’aime pas l’avion, ces bétaillères à touristes, ou l’on passe par des portiques, dans des files d’attente, à enlever chaussures et ceintures, avant de se retrouver enfermé dans un suppositoire géant pressurisé.  La vitesse de l’avion rend le voyage trop rapide et pourtant le temps s’y étire à l’infini.  Endormis, nos âmes flottent en parachute loin derrière nos corps qui filent à 900 km /heure. Derrière chaque avion de ligne flottent les âmes de ceux qui veulent aller vite d’un endroit à l’autre du globe. Parfois cet étirement, ce décalage est presque douloureux.

La force du voyage est aussi de nous rendre notre intégrité, ailleurs nous restons nous même. Malgré tout, notre vie, quoique fort différente dans une culture autre, perdure dans ce qu’elle a d’essentiel.  Il faut partir pour expérimenter ce fait, nous sommes insoluble dans le voyage, notre être peut se développer ici ou ailleurs et même loin de nos racines, nous pouvons créer des liens avec les autres.

Fleur d’indigo chez Miwa

Je pars sereine et joyeuse de retourner dans un endroit que je connais déjà.  Curieuse d’en apprendre plus sur une culture qui m’est aussi lointaine que proche. Heureuse de déconnecter avec un réel trop prenant et de m’offrir ce luxe de quitter ma vie d’ici, un temps, afin de me retrouver.

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8 mars… cherchez l’homme

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En ce seul jour de l’année qui n’est pas phalocentré, qui commémore les petites et grandes victoires pour l’égalité des sexes (pour mémoire ma grand-mère paternelle n’a eu de compte bancaire à son nom qu’à la mort de son mari). Je souhaiterai avoir une pensée pour les hommes, pas tous les hommes, mais ceux qui luttent aux côtés de leur compagne ou de leurs amies afin de faire valoir leurs droits.  Une pensée pour les hommes qui font l’effort de comprendre et respecter ce qui fait  nos différences.  Une pensée pour les hommes qui ne se sentent pas menacés par les femmes, qui aiment leur force, leur courage, leur détermination.  Une pensée pour les hommes qui ne  fuient pas pendant les règles qui ne cherchent pas que la jeunesse, mais aussi la sagesse.  Une pensée pour les hommes qui s’effacent un peu pour nous laisser la place, non par galanterie crasse mais par modestie naturelle.

Pourquoi les adjectifs : sensibles, délicat, méticuleux, doux, polis, sage, gentils, discret,  coquet, précieux, prudent et même féminin seraient dévalorisant pour les hommes alors qu’ils sont le plus souvent considérés comme des qualités pour les femmes.

A l’inverse les qualificatifs : fort, sauvage, courageux,  intrépide, intransigeant, à poigne, brutal, énergique, sans limite,  forte tête, et même viril sont réservés aux hommes dans leur acceptation positive, si l’on qualifie une femme ainsi c’est dévalorisant.

Bref le lexique ne nous aide pas, les mots que l’on entend depuis l’enfance non plus « arrête de pleurer comme une fille » dit-on aux petit garçons tandis qu’on reprochera aux filles leur souillure et les vêtements déchirés d’avoir joué dans les bois.

_DSC8282Pourquoi la journée de la femme ne serait-elle pas plutôt la journée des qualités féminine qui peuvent tout aussi bien s’appliquer aux hommes sans les dégrader ni les affaiblir dans leur masculinité ? J’aime les hommes sensibles, ceux qui savent montrer et exprimer leurs sentiments, j’aime qu’ils soient dans l’incertitude et qu’une présence autre les rassure, j’aime penser que je suis un chevalier et les voir comme des princesses en détresse, parfois les rôles s’inversent.  J’aime jouer au jeu du féminin et du masculin, mais sans en être prisonnière, sans me sentir enfermée dans le corset trop serré.  J’aime cuisiner et m’occuper de la maison, mais si on me dit que c’est mon rôle, je peux vite ruer, car ce n’est pas le cas.  J’apprécie de vivre avec un homme qui est prêt à partager les tâches ménagères, mais aussi les travaux… Il n’est pas facile aux hommes de trouver leur place en ce monde, et pour nous les femmes si nous voulons le pouvoir il est a portée de main aujourd’hui, mais il est surtout inaccessible dans nos têtes, dans nos représentations et les limites que nous nous mettons.

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ITOU

Vous les avez remarquez ces hastags qui fleurissent depuis quelques mois,  #Metoo, #balancetonporc  etc… Si vous ne les avez pas vus c’est que vous êtes passés à côté d’un mouvement de fond, d’un tsunami de libération de la parole des femmes et c’est sans doute que vous croyez que le sujet ne vous concerne pas, où qu’il ne vous touche pas.  C’est tellement plus facile de détourner le regard, d’arguer la pudeur et  l’intimité, c’est aussi souvent par honte qu’on a du mal à se reconnaître dans les récits d’abus, qu’on les ait subis, vus mais pas dénoncés ou perpétrés, la honte nous colle à la peau.

Girl street artLe mouvement  #Metoo m’a touchée et fascinée.  J’ai lu tous les témoignages que j’ai pu, avec une sensation de familiarité vague, j’avais eu la même impression lors de la découverte du Tumblr Je connait un violeur. Il y a eu ce blog puis la BD sur les crocodiles, une amie a même eut l’honneur d’avoir sa propre expérience de viol illustrée dans ce bouquin. Ces histoires de viol, quand tu es une fille tu en entends plein, beaucoup sont horribles, terribles et tu grandis avec cette peur, tu te construis avec ça.  La révélation de ce mouvement de libération de la parole, c’est que ce ne sont pas quelques femmes, ni même une majorité de femmes qui peuvent témoigner d’agressions sexuelles, c’est TOUTES les FEMMES !

Et donc moi aussi… Oui mais moi c’est pas pareil, j’ai pas de souvenirs précis à raconter, j’ai pas d’histoire édifiante qui ont vraiment mal tourné.

Je n’ai pas été violée.

Et pourtant j’ai été agressée plusieurs fois, juste parce que j’étais une fille, que j’avais de longs cheveux, que j’étais jeune, peu importe en cherchant des justifications à cette expérience, je rentre déjà dans la culture du viol.

J’ai le souvenir de ce soir de Novembre où en sortant à 18H du cinéma je crois que j’étais allée voir Carla’s Song de Ken Loach j’avais à peine 15 ans, (après ce film et sa violence, c’est difficile de comparer cette petite agression que j’ai subie), mais j’ai eu très peur.  J’attendais que mes parents viennent me chercher, en fait je devais les appeler d’une cabine de téléphone non loin du ciné, sur le parking (Oui tout ceci était bien avant les portables) et là juste en sortant, il y avait trois garçons je crois qui ont commencé à me suivre, à me parler du genre « t’es mignonne on peut t’accompagner » et j’ai senti l’oppression qui pesait sur moi, la peur est montée.  Ce sont-ils approchés physiquement ? je ne m’en souviens pas.  Je sais juste qu’au lieu d’aller téléphoner dans la cabine seule au milieu du parking avec ces trois assoiffés sur mes talons, j’ai opté pour la boulangerie la plus proche dans laquelle je me suis réfugiée et où j’ai demandé si je pouvais appeler mes parents d’ici car je ne me sentais pas en sécurité dehors.  La boulangère a vite compris et m’a laissé téléphoner et puis j’ai attendu dans la douce odeur du pain chaud que l’on vienne me chercher.  Dehors j’ai laissé les loups hurler.  Peu de temps après cette agression avortée, j’ai coupé mes cheveux très court pour ne plus jamais être reconnue par ces individus que j’avais senti menaçant et prêts à tout. Mais ce type d’agresseurs sont des charognards opportunistes, ils n’agresseront que si ils savent la proie déjà à terre et abîmée. Ce ne sont pas des grands fauves, à peine quelques chacals.

On en revient à mon incapacité de dire #Metoo et pourtant je sens confusément que MOI AUSSI.

Si on remonte encore plus loin dans mes souvenirs, il y a la question du consentement.  En effet petite fille j’ai très vite refusé de faire la bise aux adultes, ils sentaient tous mauvais et je n’aimais pas qu’ils s’approchent de moi.  J’ai toujours eu des sensations d’oppression quand quelqu’un me touche, il y a toujours eut cette alarme qui se déclenche quand on rentre dans mon cercle de protection intime à savoir quand on touche ma peau. Hypersensibilité ou mémoire traumatique refoulée, qu’importe pour moi le débat sur la question du consentement s’est révélé très fructueux.  Car enfin on évoquait l’idée qu’un enfant qui ne veut pas approcher physiquement les adultes ne doit pas être forcé  à le faire pour « être polis ». Car si être polis revient à ressentir de la gêne,  et à vivre cette politesse comme une violence, pourquoi l’imposer à un enfant. Il me semble que la question du consentement et du respect de l’intimité des autres se joue beaucoup dans l’enfance et donc dans l’éducation.  Là encore je n’ai pas été abusée par des adultes, j’ai juste du parfois subir des contacts de barbes, de peaux et d’odeurs buccales qui ne me plaisaient pas.  Mais je sens que quelque chose de plus profond se joue là et réduire ces maigres souvenirs de malaise à un « c’est pas si grave » est un moyen de faire perdurer ces situations.

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Par la suite dans mes relations avec des garçon, je me suis aussi retrouvée assez facilement dans des relations abusives.  Là encore pas des abus graves, personne ne m’a battue, ou violée, enfin on m’a parfois un peu forcée la main et pas seulement la main.  Mais c’est récemment que je m’en suis rendue compte quand enfin j’ai trouvé un homme qui tenait au consentement sexuel, c’est là que j’ai découvert qu’on ne m’avait jamais demandé mon avis avant. J’ai alors eu honte d’avoir accepté de me laisser abuser.  J’ai eu honte aussi d’avoir aimé et intégré cette inégalité comme étant une relation normale. Car c’est de ça dont il est question dans la libération de la parole actuelle, c’est de se rendre compte qu’on a toutes intégré l’inacceptable et joué le jeu. Il faut en parler encore et encore, parce que c’est ainsi qu’on éduque les petites filles, à faire plaisir à sourire à ne pas broncher ni se défendre.

Adulte on préfère minimiser, on l’a toutes fait pour nous et puis quand vient le tour des autres, on voit bien ce qui se passe, et on a beau prévenir la victime qu’elle est en train de dépasser les limites de l’acceptable, bien souvent, dans une relation toxique elle s’avère consentante et même passionnément amoureuse de son bourreau. Comment alors dénigrer l’objet d’un amour aussi fort ? La prise de conscience est d’autant plus violente que vient s’ajouter un sentiment de culpabilité  énorme (comment j’ai pu laisser quelqu’un me faire ça ?). Le fond de ce mouvement, n’est pas de dénoncer les abuseurs, ce n’est pas une chasse au porc, c’est un moyen de mettre en garde chaque femme contre les petits abus qui deviennent parfois d’immenses violences.

DSC00145J’ai grandit dans la peur, celle que ma mère m’a transmise pour moi. Je n’ai pas compris comment ma mère qui se disait féministe pouvait faire ainsi deux poids deux mesures dans l’éducation de sa fille et de son fils.  J’ai intégré que j’étais une victime très tôt et je pense que toutes ces sensations de familiarité face aux récits de viols et de violence, cette dissociation que j’ai pu avoir avec moi même et avec mon corps pendant des années,  ne viennent pas de nulle part.  Je pense qu’il y a dans mon histoire quelque part, pas forcément dans ma mémoire consciente, mais peut-être dans un vécu plus ancien, des abus qui m’ont rendue telle que je suis. Je pense que ça fait partie de ce qui se transmet par le non-dit. Je pense aussi que ça fait partie de ce que je voudrais éviter de transmettre…

C’est le constat terrible : on transmet la culture du viol de mère en fille…  Par la peur, par le non-dit, par les mots de protection et de déni qu’on utilise et qui infusent malgré-moi tout cet article, par la voix muette de nos ancêtres qui nous traverse encore et encore.

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La vie n’est pas une comédie musicale

J’ai traîné les pieds avant d’aller voir LE FILM, celui dont tout le monde parle depuis des semaines, celui qui à failli gagner l’oscar du meilleur film et puis finalement non… Bref j’ai fini par découvrir mi-amusée, mi ennuyée le film LA LA LAND de  Damien Chazelle.

large LALALANDCe film m’a fait l’effet l’effet de montagnes russes, passant tour à tour de l’agacement à l’ennui face aux scènes de comédie musicale plus virtuoses dans leur réalisation que charmantes. A un moment je me suis dit que ce film n’allait être qu’une bluette de plus, l’histoire d’une romance qui commence mal et qui sonne faux. Tout comme l’agressif klaxon du personnage masculin  qui donne le ton de la première rencontre entre les deux personnages et devient ensuite le rappel  violent de l’urgence à  réussir qui anime les deux personnages. Deux losers aussi magnifiques qu’ambitieux se consolent l’un l’autre, s’ouvrent l’un à l’autre, s’encouragent à poursuivre leurs rêves, jusqu’à ce que l’un d’eux cède à la compromission  (et gagne ainsi une gloire bien dérisoire) tandis que l’autre voit son rêve s’écrouler face à la dure réalité.

Personne n’attend les artistes et le chemin vers la réalisation d’une oeuvre passe par une persévérance sans limites, une capacité à encaisser les flops, le désintérêt du monde pour notre univers intérieur si singulier.

Sur ce principe de réalité vient se casser le ciment du couple, la relation idéale, la petite bulle d’amour qu’ils partageaient. Ces deux êtres s’aiment et se soutiennent, jusqu’à ce que le succès de l’un (loin de son ambition première) et l’échec de l’autre sape la confiance mutuelle de l’un dans l’autre.  C’est là que le film devient intéressant, quand les deux doivent faire face à leur rêves brisés et qu’une remise en question s’impose.  Cette scène ou Mia évoque sa tante qui a sauté dans la Seine, ce moment d’émotion sincère ou l’actrice après nous avoir joué et mimé tous les sentiments, se révèle dans ce qu’elle a de plus fort : sa fragilité.

Voilà en quoi LA LA LAND parvient à tordre le cou à son propre style, à montrer la faille sans défaillir, et voilà en quoi le film m’a saisie. Cette comédie musicale n’est que le paravent qui masque une histoire autrement plus sombre. La fin en pied de nez (qui m’a rappelé  un certain moment de Mommy) témoigne de l’idée qui sous-tend ce film :

La réalisation des rêves se paye au prix du désenchantement.

Après ça tout est dit et il faut se colletiner la montagne d’effets pop acidulés que Damien Chazelle nous fait traverser pour en arriver à cette vérité crue, intransigeante, dérangeante et pourtant si salutaire. C’est ce qui sauve le film d’un ennui certain, d’un happy-end trop attendu, c’est l’idée terriblement mélancolique que notre vie dans toute sa gloire n’est faite que de nos ratages. C’est ce qui est beau au final, c’est ce qui m’a parlé en tout cas. La musique et les couleurs vives cèdent peu à peu la place au gris, au bleu qui évoque l’univers de Kind of Blue de Miles Davis.  Le bleu, la couleur que je travaille sans cesse, la couleur d’un sentiment à la fois sombre, profond et lumineux, celui d’exister, de rêver et souvent de rater sa vie.

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Bénédicte Chevallereau

Nous avons rencontré Bénédicte dans la cuisine de son appartement, rue Roger Mirassou, un lieu calme et ensoleillé. Au dessus du frigo un renard empaillé trône, c’est celui de son colocataire… D’ailleurs la déco ce n’est pas son fort, elle aime les plantes et la botanique, mais elle a du mal à investir les lieux, toujours sur les routes, un peu nomade. Bénédicte nous offre un thé, dans des jolies tasses trouvées dans la rue.

benedicte-elles-st-jean-jblaquie-2017-3sAprès avoir étudié aux Beaux-Arts de Bordeaux, Bénédicte fait maintenant partie d’un collectif de théâtre « La grosse situation » qui propose depuis plusieurs mois un Voyage Extraordinaire qui interroge ce que c’est d’être un(e) aventurier(e) aujourd’hui. Elles sont trois femmes : Alice Fahrenkrug, Cécile Delhommeau et Bénédicte Chevallereau ; pour écrire ce spectacle, elles se sont immergées dans une série d’aventures comme aller sur un bateau de pêche ou marcher une semaine le long de l’A65 avant son ouverture, ou encore aller au cœur du piton de la fournaise à la Réunion. Au final c’est une collection de huit expériences que chacune a vécu à sa manière dans lesquelles la troupe entraîne les spectateurs. Quand on lui demande si elle est une aventurière Bénédicte répond : « J’ai vécu une grande aventure… celle de quitter la ferme familiale en Vendée pour venir à Bordeaux. »

elles-st-jean-b-lait-anesse-jblaquie-sLe prochain spectacle s’appellera France Profonde, il sera joué du 10 au 14 Avril à la Vacherie de Blanquefort. France Profonde questionne ce qui se passe aujourd’hui sur une parcelle agricole. Ces spectacles mettent du temps pour s’écrire, près de trois ans pour France Profonde et pas loin de 4 ans pour le Voyage Extraordinaire. En contrepartie les spectacles tournent longtemps, a travers un maillage de lieux dans toute la France y compris dans des régions rurales que l’on croit (à tort) désertées par la culture. L’idée c’est de mettre le public en situation, de le questionner à la fois sur les codes du théâtre, mais aussi sur notre société et son fonctionnement, la participation du public est essentielle.

On s’en fout du décor et de la lumière, le plus important pour nous c’est de transmettre l’émotion, et si on peut juste à un moment incarner un personnage qu’on a rencontré et faire comprendre qui il est, on a gagné.

elles-st-jean-benedicte3b-jblaquie-sCet automne, le collectif a organisé une randonnée toute une nuit sur la rive droite bordelaise dans le cadre de Panorama. 80 personnes ont randonné avec elles. A un moment, on s’arrête dans un bivouac étonnant, sur un promontoire avec une vue sur tout bordeaux, et en dessous des moutons, un cheval et des papis portugais qui vivent là depuis toujours. Au petit matin, la troupe redescend dans la citée Beausite pour aller à la rencontre de Saïd qui anime une salle de boxe, un lieu décrépi en rez-de-chaussée, qui s’appelle « de l’ombre à la lumière ». Il y a des mamans, il y a des enfants, il y a des jeunes et des champions de France de Boxe, des adolescentes qui découvrent leurs corps et Saïd s’occupe de tout ce petit monde.  Il aide tous ces gens à trouver un projet de vie, grâce à la boxe. C’est pour ce genre de rencontres et faire découvrir ces personnages que Bénédicte aime son travail.

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On crée des spectacles qui posent des questions.
On fait ça, pour assouvir notre curiosité.

 

Dans leur écriture, Bénédicte et ses acolytes ne cherchent pas spécialement à rentrer dans les codes ni à les casser. Par exemple, il n’y a pas de noms de personnages, chacun s’appelle par son nom et parle au public comme on se parle là. Le financement des spectacles se fait sur la durée dans un engagement réciproque des institutions qui soutiennent le projet. Le financement ce n’est pas seulement trouver de l’argent, mais c’est aussi trouver des terrains de jeu, organiser les recherches et le travail de terrain préparatoire. Bénédicte adore son travail, mais elle admet qu’il prend toute la place dans sa vie. D’ailleurs elle qualifie sa relation avec ses deux co-auteurs de « relation de  trouple ». Elles sont très mobiles, en voyage elles trouvent des moments pour faire le travail de bureau. La trouple assume même sa volonté de ne s’implanter nulle part et de toujours se faire bousculer.   Finalement Bénédicte admet que cette situation correspond aussi au mode de vie de son enfance : s’adapter, ne jamais vraiment se poser. « Les paysans il marchent aux subventions, ils sont dans l’action tout le temps. » Quand le temps des vacances est venu, elles partent loin de tout, au calme, au fin fond de la Creuse, se reposer.

elles-st-jean-benedicte2b-jblaquie-sJ’écris comme je parle.

Bénédicte nous parle aussi de sa passion pour les plantes et de la formation de phytologue herboriste qu’elle a suivi après avoir empoisonné toute une troupe de théâtre en Dordogne avec des champignons vénéneux, un peu par erreur… Bénédicte assume sa sorcellerie sur les gens, dans la douceur de son ton, dans la gentillesse de son approche. On aimerait la suivre un peu partout dans ses aventures. Elle aime les gens, elle adore sa rue, elle connaît tous ses voisins et rêve de les rencontrer en passant de jardin en jardin avec des échelles par dessus les murets qui séparent les parcelles en cœur d’îlot. Des échelles, comme un pont entre les gens pour créer du lien et apprendre à se connaître. Car la question essentielle de la Grosse Situation est « qui serons-nous à marcher ensemble » et comment faire d’individus distincts, une œuvre collective ?

Site de la Grosse Situation

Dessins Julie Blaquié / Texte Caroline Cochet  / Projet Elles St Jean

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Olivia Perez

Olivia Perez travaille à la gare de Bordeaux depuis 10 ans, auparavant elle manageait les équipes d’accueil et de production des trains. Depuis les cinq dernières années, elle dirige le bâtiment au sens large et tous ses services. Elle pilote les actions qui contribuent à satisfaire tous les clients, ceux qui voyagent, mais aussi ceux qui ne voyagent pas qui utilisent les services et commerces de la gare. Elle nous reçoit d’ailleurs dans un café au sous-sol plutôt que dans son bureau au deuxième étage du bâtiment. L’occasion pour elle d’arpenter la gare en tant qu’utilisatrice, d’avoir un œil sur tout et de saluer au passage les agents de sécurité. Ces derniers temps, elle arrive en vélo dans ce monument historique classé depuis 1984, immense paquebot qui donne son nom au quartier. Elle insiste sur le fait qu’elle est aussi utilisatrice de la gare, l’occasion de se rendre compte qu’il n’est pas toujours facile de trouver un arceau de vélo libre aux abords de la gare.

C’est important d’avoir le regard d’un simple utilisateur.

Au son des annonces de départs de train, Olivia nous explique qu’elle gère aussi les opérations d’animation dans la gare, en essayant quand elle le peut, de faire le lien avec le quartier St Jean et ses habitants. La gare vit jour et nuit, elle est ouverte de 4h à 1h du matin.

gare-st-jean-croquis-2-jblaquie-1sA la question de sa place en tant que femme dans cette fonction, elle répond très simplement que ça n’a jamais été un problème, ni un enjeu. Pourtant du fait de sa fonction, elle reçoit régulièrement des courriers adressés à « Monsieur le chef de gare ». Outre la dimension satisfaction client, Olivia Perez souligne aussi l’aspect technique de son travail : la sécurité incendie, l’amiante, le plomb, la sûreté, l’entretien des parties privatives, et notamment le blockhaus de la gare, vestige historique de la seconde guerre mondiale. Ce lieu n’est pas ouvert au public, surtout depuis que le plan Vigipirate est en place, bien qu’il ait déjà fait l’objet de visites lors des journées du patrimoine par exemple. La vie de la gare, c’est entre autres accueillir l’Orient Express cet été pour des dîners de grands chefs, ainsi que pour un goûter pour les enfants du quartier. Olivia aime travailler en lien avec les associations de quartier qui la sollicitent beaucoup, mais le temps manque pour tout faire. Le temps d’un sourire, elle se souvient d’une fête de la musique organisée dans la gare avec une scène ouverte qui l’avait amenée à jouer avec son groupe qui répète à Barbey.

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Si l’on pouvait être le lien entre les deux quartiers.

Avec l’enjeu de l’ouverture de la LGV en Juillet 2017, la gare se refait une beauté, elle se modernise. Elle ambitionne aussi de créer un véritable pont entre les quartiers St Jean et Belcier. Le nouveau bâtiment côté Belcier permettra de traverser plus facilement d’un côté à l’autre. Des commerces de proximité sont prévus comme un caviste et une supérette, ainsi qu’un grand parking. Ces derniers temps, les contraintes des travaux de la gare rendent compliqué le travail d’Olivia, et l’immense échafaudage qui recouvre les voies pour la réfection de la verrière ne simplifie ni la circulation des voyageurs, ni le confort et la réalisation d’animations dans la gare. La période actuelle n’est pas la plus simple et les contraintes sont nombreuses, si elle regrette d’avoir dû enlever le piano à disposition des clients dans le hall en travaux, elle nous assure qu’il sera réinstallé.

gare-st-jean-croquis-jblaquie-1sCe qu’Olivia aime particulièrement c’est partir à l’étranger avec sa famille et découvrir les gares des autres pays, de New York à la Thaïlande elle promène son œil professionnel aux quatre coins du monde. Curieuse de découvrir ce qui se passe ailleurs, elle l’est aussi de connaître notre propre expérience de la gare de Bordeaux : elle nous questionne beaucoup et assume les difficultés et les contradictions de la gare. Pour répondre au besoin de sécurité, elle souligne la présence d’un médiateur pour aider les gens en errance. Pour animer le parvis de la gare, sont prévus des kiosques, des petits commerces temporaires comme un marché de Noël. Pour répondre à la demande de proximité, La Ruche qui dit Oui l’a également contactée pour installer une Ruche en gare, une bonne idée qui évite le monopole des enseignes de la grande distribution. Lorsqu’Olivia nous demande ce qu’il manque dans la gare, nous répondons qu’un accès gratuit à la culture, une exposition temporaire serait un plus. Faire vivre ce vaste lieu plein de courants d’airs, de baisers d’adieu et de retrouvailles, ce lieu qui s’anime des histoires qui le traversent au quotidien.

D’un geste à la fois charmant et énergique, Olivia Perez retourne à ses obligations non sans avoir salué à nouveau un employé de la gare. Elle est un peu chez elle dans ce café en sous-sol, lieu de passage assez impersonnel, que nous ne verrons plus de la même façon après une heure passée avec Madame la chef de gare. Preuve une fois encore que les lieux sont faits de ceux que l’on y rencontre, et quel plus bel endroit qu’une gare pour rencontrer une femme énergique, souriante, aux responsabilités nombreuses mais néanmoins disponible et à l’écoute.

La gare St Jean en chiffres c’est 25 000 M2 de bâtiments, 350 trains / jours, plus d’11 millions de voyageurs sur l’année et entre 35 000 et 45 000 voyageurs / jours.

Dessins Julie Blaquié / Texte Caroline Cochet  / Projet Elles St Jean

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Revenir de loin

C’est souvent ce que l’on se dit quand on a frôlé la mort, mais c’est aussi la sensation de renaissance qui accompagne le long travail de (re)conquête de moi même que j’ai abordé il y a quelques temps.  L’impression de vivre plus intensément est toujours là quand on voyage, quand on déplace ailleurs ses problèmes, laissant les valises à la maison, on voyage toujours plus léger.  Si  l’on revient le coeur lourd, c’est avec les semelles du vent qu’on arpente les routes. Le voyage c’est l’épreuve de l’autre, un univers parallèle qui nous décentre. C’est le meilleur moyen de faire bouger en nous cette mer morte, de sentir son centre tout en le déplaçant.

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J’ai eu la joie de découvrir un pays lointain et néanmoins familier, à la langue proche et à la beauté sauvage singulière.  J’ai aussi retrouvé une âme soeur, une amie qui m’est chère et avec laquelle je partage la sensibilité pour les couleurs, le goût pour les petits riens et les trésors naturels…  Il y a des gens comme ça que l’on aime tout de suite et peu importe la distance, il y a des gens à qui l’on pense souvent… sans trop savoir pourquoi.

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Lors de cette visite un peu particulière j’ai eu l’occasion de me faire lire les cartes par une sympathique cartomancienne amateur et voici ce que j’ai tiré, une bien étrange combinaison qui l’a laissée un peu perplexe. Là encore la mort est présente, toujours travaillée par le passé, l’idée que les morts sont vivants qu’ils nous habitent. De temps en temps ils nous appellent avec force, nous rappellent qu’on est là parce qu’ils ont vécu avant nous et continuent de remuer des choses en nous. Apprivoiser la mort, c’est toute la symbolique de cette fin du mois d’Octobre du jour d’Halloween ou le dias de los muertos au Mexique.

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La mort peut frapper à tout moment… Nous avons été témoins d’un accident, alors que tout le monde s’amusait et fêtait l’installation de mon amie dans sa nouvelle maison, un homme s’est écroulé, le visage livide, quand j’ai croisé son regard il portait le masque de la mort. Mais le groupe a continué de jouer, pour contrer la peur, les danseurs sont revenus taper du pied et la vieille maison a vibré de nouveau.  Heureusement plus de peur que de mal, le mort parti en ambulance est revenu quelques jours plus tard, des larmes dans les yeux et des années en moins sur son visage, méconnaissable. La vie est ainsi faite qu’elle joue parfois à nous effrayer pour mieux nous rappeler l’urgence de vivre et la nécessité de changer.

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_dsc8312Mooresburg, Canada, Octobre 2016