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ITOU

Vous les avez remarquez ces hastags qui fleurissent depuis quelques mois,  #Metoo, #balancetonporc  etc… Si vous ne les avez pas vus c’est que vous êtes passés à côté d’un mouvement de fond, d’un tsunami de libération de la parole des femmes et c’est sans doute que vous croyez que le sujet ne vous concerne pas, où qu’il ne vous touche pas.  C’est tellement plus facile de détourner le regard, d’arguer la pudeur et  l’intimité, c’est aussi souvent par honte qu’on a du mal à se reconnaître dans les récits d’abus, qu’on les ait subis, vus mais pas dénoncés ou perpétrés, la honte nous colle à la peau.

Girl street artLe mouvement  #Metoo m’a touchée et fascinée.  J’ai lu tous les témoignages que j’ai pu, avec une sensation de familiarité vague, j’avais eu la même impression lors de la découverte du Tumblr Je connait un violeur. Il y a eu ce blog puis la BD sur les crocodiles, une amie a même eut l’honneur d’avoir sa propre expérience de viol illustrée dans ce bouquin. Ces histoires de viol, quand tu es une fille tu en entends plein, beaucoup sont horribles, terribles et tu grandis avec cette peur, tu te construis avec ça.  La révélation de ce mouvement de libération de la parole, c’est que ce ne sont pas quelques femmes, ni même une majorité de femmes qui peuvent témoigner d’agressions sexuelles, c’est TOUTES les FEMMES !

Et donc moi aussi… Oui mais moi c’est pas pareil, j’ai pas de souvenirs précis à raconter, j’ai pas d’histoire édifiante qui ont vraiment mal tourné.

Je n’ai pas été violée.

Et pourtant j’ai été agressée plusieurs fois, juste parce que j’étais une fille, que j’avais de longs cheveux, que j’étais jeune, peu importe en cherchant des justifications à cette expérience, je rentre déjà dans la culture du viol.

J’ai le souvenir de ce soir de Novembre où en sortant à 18H du cinéma je crois que j’étais allée voir Carla’s Song de Ken Loach j’avais à peine 15 ans, (après ce film et sa violence, c’est difficile de comparer cette petite agression que j’ai subie), mais j’ai eu très peur.  J’attendais que mes parents viennent me chercher, en fait je devais les appeler d’une cabine de téléphone non loin du ciné, sur le parking (Oui tout ceci était bien avant les portables) et là juste en sortant, il y avait trois garçons je crois qui ont commencé à me suivre, à me parler du genre « t’es mignonne on peut t’accompagner » et j’ai senti l’oppression qui pesait sur moi, la peur est montée.  Ce sont-ils approchés physiquement ? je ne m’en souviens pas.  Je sais juste qu’au lieu d’aller téléphoner dans la cabine seule au milieu du parking avec ces trois assoiffés sur mes talons, j’ai opté pour la boulangerie la plus proche dans laquelle je me suis réfugiée et où j’ai demandé si je pouvais appeler mes parents d’ici car je ne me sentais pas en sécurité dehors.  La boulangère a vite compris et m’a laissé téléphoner et puis j’ai attendu dans la douce odeur du pain chaud que l’on vienne me chercher.  Dehors j’ai laissé les loups hurler.  Peu de temps après cette agression avortée, j’ai coupé mes cheveux très court pour ne plus jamais être reconnue par ces individus que j’avais senti menaçant et prêts à tout. Mais ce type d’agresseurs sont des charognards opportunistes, ils n’agresseront que si ils savent la proie déjà à terre et abîmée. Ce ne sont pas des grands fauves, à peine quelques chacals.

On en revient à mon incapacité de dire #Metoo et pourtant je sens confusément que MOI AUSSI.

Si on remonte encore plus loin dans mes souvenirs, il y a la question du consentement.  En effet petite fille j’ai très vite refusé de faire la bise aux adultes, ils sentaient tous mauvais et je n’aimais pas qu’ils s’approchent de moi.  J’ai toujours eu des sensations d’oppression quand quelqu’un me touche, il y a toujours eut cette alarme qui se déclenche quand on rentre dans mon cercle de protection intime à savoir quand on touche ma peau. Hypersensibilité ou mémoire traumatique refoulée, qu’importe pour moi le débat sur la question du consentement s’est révélé très fructueux.  Car enfin on évoquait l’idée qu’un enfant qui ne veut pas approcher physiquement les adultes ne doit pas être forcé  à le faire pour « être polis ». Car si être polis revient à ressentir de la gêne,  et à vivre cette politesse comme une violence, pourquoi l’imposer à un enfant. Il me semble que la question du consentement et du respect de l’intimité des autres se joue beaucoup dans l’enfance et donc dans l’éducation.  Là encore je n’ai pas été abusée par des adultes, j’ai juste du parfois subir des contacts de barbes, de peaux et d’odeurs buccales qui ne me plaisaient pas.  Mais je sens que quelque chose de plus profond se joue là et réduire ces maigres souvenirs de malaise à un « c’est pas si grave » est un moyen de faire perdurer ces situations.

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Par la suite dans mes relations avec des garçon, je me suis aussi retrouvée assez facilement dans des relations abusives.  Là encore pas des abus graves, personne ne m’a battue, ou violée, enfin on m’a parfois un peu forcée la main et pas seulement la main.  Mais c’est récemment que je m’en suis rendue compte quand enfin j’ai trouvé un homme qui tenait au consentement sexuel, c’est là que j’ai découvert qu’on ne m’avait jamais demandé mon avis avant. J’ai alors eu honte d’avoir accepté de me laisser abuser.  J’ai eu honte aussi d’avoir aimé et intégré cette inégalité comme étant une relation normale. Car c’est de ça dont il est question dans la libération de la parole actuelle, c’est de se rendre compte qu’on a toutes intégré l’inacceptable et joué le jeu. Il faut en parler encore et encore, parce que c’est ainsi qu’on éduque les petites filles, à faire plaisir à sourire à ne pas broncher ni se défendre.

Adulte on préfère minimiser, on l’a toutes fait pour nous et puis quand vient le tour des autres, on voit bien ce qui se passe, et on a beau prévenir la victime qu’elle est en train de dépasser les limites de l’acceptable, bien souvent, dans une relation toxique elle s’avère consentante et même passionnément amoureuse de son bourreau. Comment alors dénigrer l’objet d’un amour aussi fort ? La prise de conscience est d’autant plus violente que vient s’ajouter un sentiment de culpabilité  énorme (comment j’ai pu laisser quelqu’un me faire ça ?). Le fond de ce mouvement, n’est pas de dénoncer les abuseurs, ce n’est pas une chasse au porc, c’est un moyen de mettre en garde chaque femme contre les petits abus qui deviennent parfois d’immenses violences.

DSC00145J’ai grandit dans la peur, celle que ma mère m’a transmise pour moi. Je n’ai pas compris comment ma mère qui se disait féministe pouvait faire ainsi deux poids deux mesures dans l’éducation de sa fille et de son fils.  J’ai intégré que j’étais une victime très tôt et je pense que toutes ces sensations de familiarité face aux récits de viols et de violence, cette dissociation que j’ai pu avoir avec moi même et avec mon corps pendant des années,  ne viennent pas de nulle part.  Je pense qu’il y a dans mon histoire quelque part, pas forcément dans ma mémoire consciente, mais peut-être dans un vécu plus ancien, des abus qui m’ont rendue telle que je suis. Je pense que ça fait partie de ce qui se transmet par le non-dit. Je pense aussi que ça fait partie de ce que je voudrais éviter de transmettre…

C’est le constat terrible : on transmet la culture du viol de mère en fille…  Par la peur, par le non-dit, par les mots de protection et de déni qu’on utilise et qui infusent malgré-moi tout cet article, par la voix muette de nos ancêtres qui nous traverse encore et encore.

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La vie n’est pas une comédie musicale

J’ai traîné les pieds avant d’aller voir LE FILM, celui dont tout le monde parle depuis des semaines, celui qui à failli gagner l’oscar du meilleur film et puis finalement non… Bref j’ai fini par découvrir mi-amusée, mi ennuyée le film LA LA LAND de  Damien Chazelle.

large LALALANDCe film m’a fait l’effet l’effet de montagnes russes, passant tour à tour de l’agacement à l’ennui face aux scènes de comédie musicale plus virtuoses dans leur réalisation que charmantes. A un moment je me suis dit que ce film n’allait être qu’une bluette de plus, l’histoire d’une romance qui commence mal et qui sonne faux. Tout comme l’agressif klaxon du personnage masculin  qui donne le ton de la première rencontre entre les deux personnages et devient ensuite le rappel  violent de l’urgence à  réussir qui anime les deux personnages. Deux losers aussi magnifiques qu’ambitieux se consolent l’un l’autre, s’ouvrent l’un à l’autre, s’encouragent à poursuivre leurs rêves, jusqu’à ce que l’un d’eux cède à la compromission  (et gagne ainsi une gloire bien dérisoire) tandis que l’autre voit son rêve s’écrouler face à la dure réalité.

Personne n’attend les artistes et le chemin vers la réalisation d’une oeuvre passe par une persévérance sans limites, une capacité à encaisser les flops, le désintérêt du monde pour notre univers intérieur si singulier.

Sur ce principe de réalité vient se casser le ciment du couple, la relation idéale, la petite bulle d’amour qu’ils partageaient. Ces deux êtres s’aiment et se soutiennent, jusqu’à ce que le succès de l’un (loin de son ambition première) et l’échec de l’autre sape la confiance mutuelle de l’un dans l’autre.  C’est là que le film devient intéressant, quand les deux doivent faire face à leur rêves brisés et qu’une remise en question s’impose.  Cette scène ou Mia évoque sa tante qui a sauté dans la Seine, ce moment d’émotion sincère ou l’actrice après nous avoir joué et mimé tous les sentiments, se révèle dans ce qu’elle a de plus fort : sa fragilité.

Voilà en quoi LA LA LAND parvient à tordre le cou à son propre style, à montrer la faille sans défaillir, et voilà en quoi le film m’a saisie. Cette comédie musicale n’est que le paravent qui masque une histoire autrement plus sombre. La fin en pied de nez (qui m’a rappelé  un certain moment de Mommy) témoigne de l’idée qui sous-tend ce film :

La réalisation des rêves se paye au prix du désenchantement.

Après ça tout est dit et il faut se colletiner la montagne d’effets pop acidulés que Damien Chazelle nous fait traverser pour en arriver à cette vérité crue, intransigeante, dérangeante et pourtant si salutaire. C’est ce qui sauve le film d’un ennui certain, d’un happy-end trop attendu, c’est l’idée terriblement mélancolique que notre vie dans toute sa gloire n’est faite que de nos ratages. C’est ce qui est beau au final, c’est ce qui m’a parlé en tout cas. La musique et les couleurs vives cèdent peu à peu la place au gris, au bleu qui évoque l’univers de Kind of Blue de Miles Davis.  Le bleu, la couleur que je travaille sans cesse, la couleur d’un sentiment à la fois sombre, profond et lumineux, celui d’exister, de rêver et souvent de rater sa vie.

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Outrenoir

J’ai longtemps cherché le bon ton pour évoquer les sujets d’actualité et ces derniers jours m’ont fait encore plus hésiter.  Plonger dans l’émotion n’est pas chose aisée pour moi. Hurler avec les loups (ou suivre les modes et codes) me pose également problème. L’uniformisation des photos de profils est une forme de soutien comme une autre, mais j’ai bien du mal à me reconnaître dans ces trois couleurs primaires que sont le bleu, le blanc et le rouge ainsi que  dans les paroles d’un hymne guerrier et sanguinaire.  Pourtant j’aime le fromage, le vin, je suis arrogante et je râle sur tout, en cela je suis bien française.  J’ai lu, ici   et là aussi des textes qui m’ont touchée que j’aurais aimé écrire. Chacun écrit avec sa propre sensibilité et ces amies qui ont trouvé leurs mots, m’ont donné le courage de chercher les miens.

Aujourd’hui en plein milieu de ces trois jours de deuil national, j’ai choisi ma couleur, mais comme d’habitude, pas d’aplat ou d’uni, car c’est la complexité qui m’intéresse dans les couleurs comme ailleurs.

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L’Outrenoir de Pierre Soulages, c’est la puissance du noir, celui dans lequel on peut se noyer, s’oublier et se cacher un temps.  Ce noir porte en lui la lumière, il rayonne, il vibre, il vit.  Le noir n’est pas un absolu, ce n’est pas l’absence de couleurs, c’est la concentration extrême de pigments jusqu’à annuler toute perception de la couleur.  Ce qu’il reste c’est la lumière qui joue et affleure, qui révèle la complexité, les circonvolutions. La lumière c’est encore ce que l’on voit le mieux dans le noir.

Je crois à la lumière en chacun d’entre nous. Je crois que nous avons tous en partage un peu de cette lumière qui nous réchauffe et nous transcende.  Parfois on se laisse obscurcir. Gagner par l’ombre de la haine, de la violence, celle de la peur surtout.  Je crois que plus on tamise sa propre lumière, plus on a du mal à voir et à apprécier celle des autres. Je ne crois pas qu’il existe des personnes fondamentalement mauvaises, mais je vois l’obscurantisme un peu partout éteindre les feux de joie et tout ce qui fait la vie, à commencer par les femmes. La lumière des femmes est particulière et elle a toujours un peu effrayé ceux qui les approchent.  Je ne prône pas l’absolution pour tous, mais je me méfie du feu de la vengeance de la force de la haine, implosive, qui commence par nier l’autre comme source de lumière.

Paris a longtemps été ma ville de coeur et je sais sa violence, c’est aussi pour ça que je l’ai quittée. Mais aujourd’hui je voudrais y être et me réchauffer dans ces instants singuliers, en suspension après le choc et avant l’effondrement.  Car je ne doute pas un instant que les choses vont mal tourner, c’est perceptible, l’avenir sera noir.  Je le souhaite Outrenoir, celui qui révèle la lumière. L’espoir et l’amour sont des flammes inextinguibles.

 

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Le temps d’aimer

Tout ce qui prend du temps, toutes ces activités qui nous demandent de nous investir, d’y consacrer nos jours, nos nuits, d’en perdre le sommeil et puis qui ne nous rapportent rien d’autre au final que la satisfaction de vivre ces moments pleinement, tout ceci m’attire.

Je  sens confusément que j’atteins mon but quand je perds mon temps.

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Pourtant je m’en veux, la voix de la bonne conscience, celle de la société, celle des parents et des autres, me crie que je ferai mieux de me trouver un vrai travail, de rentrer dans le moule, de faire comme eux, ceux qui vendent leur temps contre de l’argent.  Mais j’ai besoin de temps, de tout mon temps, pour vivre, pour penser, pour chercher, pour aimer.  Rien ne m’est plus précieux que le temps et je connais le moyen de le suspendre (si ce n’est de l’arrêter). Je sais que je peux le ralentir à l’envie, et passer un temps infini à faire ce que j’aime. Rien n’est plus illusoire que le temps.  Quand comme moi on aime projeter, le temps est notre ennemi et toujours on anticipe sur ce qui doit advenir.  Mais aujourd’hui, je veux le temps d’une respiration plus profonde, suspendre la course de ma conscience et laisser mon coeur s’emplir de joie.  La joie de faire une activité ludique, intéressante, la joie de voir ton regard s’allumer, la joie de partager un fruit mûr, un verre de vin, un thé chaud et aromatique. Tous ces instant que l’on partage sont de petits moments suspendus, petit accrocs d’éternité.

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Aujourd’hui j’ai pris conscience que le lâcher prise sur lequel je travaille activement est intimement lié au temps.  Et je note aussi que mes résistances sont souvent liées au temps.  Je me met la pression pour faire des choses, pour parvenir à un résultat vite. Beaucoup trop vite pour pouvoir  bien faire et atteindre le niveau d’exigence qui est le mien.  Résultat, la plupart du temps, je ne fais rien, disons rien de productif. Mais écrire, teindre, aimer, sont des processus longs dont la maîtrise nécessite le travail de toute une vie.  L’apprentissage, la recherche, le temps perdu de Proust, c’est aussi savoir trouver le temps suspendu, celui du plaisir, de la joie et du bonheur.  Pourquoi ce temps suspendu n’est qu’une parenthèse dans nos vies, alors qu’il devrait en être l’essence même ?

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Voilà des jours que je me morfond, pleine d’envie et incapable de commencer  une seule chose à la fois. Je papillonne une bonne partie de la journée et la nuit je m’en veux, je cours au ralenti dans des rêves sans fin. Ais-je l’obligation de produire quoi que ce soit ?  Ne puis-je pas simplement jouer et trouver du plaisir dans le processus ?  Jouer toute ma vie ? Ne jamais me prendre au sérieux ? Qui me l’interdit ?  Je ne veux plus accepter les codes d’une société marchande, désaxée, perdue qui confond désir et besoin. Aimer est de loin l’acte le plus rebelle et antisocial qui soit, car on n’a besoin de rien, il suffit d’avoir du temps et l’infini à l’intérieur de soi à partager.

Images du toit de la base sous marine de Bordeaux où la végétation lentement a repris ses droits, nourrie par les puits de lumière laissés par les obus de la seconde guerre mondiale. Un lieu hors du temps, très photogénique, dont les lignes droites, brisées par endroit par des éclats de violence sont aujourd’hui empruntes d’un mystère et d’une vie propre.

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A poils

Depuis plusieurs mois ça bouillonne en moi.  Dans les prochaines semaines, je vous raconterai le processus lent et parfois difficile qui m’a ramenée vers l’écriture.  Je veux partager cette expérience depuis longtemps, mais ce qui m’en empêchait semble être du même ordre que ce qui me retient encore aujourd’hui d’écrire : la peur.

Dans un rêve que j’ai fais récemment, certaines personnes me mettaient en garde contre la vie d’artiste avec cette phrase : attention, les artistes finissent tous à poils !

Me mettre à nu, me montrer à vous dans mon état de nature, quelle entreprise, quelle impudeur. Les artistes quelle engeance !  D’où ma peur, ma honte et ce furieux désir de me cacher, de me fondre dans la masse, ces dernières années, j’ai soigneusement nié ma personnalité, renié mes désirs, jusqu’à ne plus rien ressentir.  Si je dois passer par cette étape dénudée, c’est pour sentir à nouveau le froid piquant du vent sur ma peau, les gouttes de pluie, de sueur, d’urine ruisseler le long de mes membres.  Il faudra aussi que je retrouve le frisson, non pas celui qui précède la nausée et les vomissement, mais plutôt celui qui annonce le rire ou l’effroi.

tumblr_m4q6cupu4c1qc6n3ro1_500Ces derniers temps, j’ai cadenassé mes émotions jusqu’à ne plus rien ressentir, jusqu’à toucher le vide.  J’essayais de répondre à la demande de normalité, j’essayais de faire comme eux, comme vous peut-être, de vivre à distance de ces aléas et de ces troubles.  Trop violents pour moi ?  Non c’est simplement la peur qui  me paralysais, figée dans l’image parfaite d’une poupée au teint cireux et aux yeux creux.

A voir
A poils, c’est aussi le très beau film Naked de Mike Leigh.  Auteur réalisateur anglais dont je reparlerai certainement dans ces pages tant certains de ses films m’ont bouleversée. A voir également de Mike Leigh le superbe film Another Year.

Les années passent, mon visage se marque, mais presque sans changer, le temps glisse sur moi, normal je ne vis pas.  Je passe à côté, je me protège derrière les hauts murs, et comme la rose du petit Prince sous sa cloche et bien abritée derrière son paravent parfois je me languit du monde extérieur qui est si terrifiant. Les fleurs sont si contradictoires !