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Leçons de ténèbres

En chacun de nous se dispute l’ombre et la lumière. Si la lumière est facile à définir et à qualifier, visible, rayonnante, solaire.  La part d’ombre est plus complexe, par définition elle est cachée, elle nous échappe elle se déguise.  L’ombre, l’inconscient, les peurs, les traumas, les blessures enfouies, ce que nous cachons aux autres et à nous même, l’ombre ne cesse de grandir en cette période trouble.  Au solstice d’hiver, lors des jours les plus courts, nous sommes à l’apogée de l’ombre avec pour perspective le retour lent mais certain de la lumière dans nos vies.

C’est le moment pour moi de faire le point sur la façon dont j’ai vécu cette année (en espérant que l’état de mon être reflète aussi celui de notre société tout entière). Nous ne vivons pas en dehors du monde et par conséquent, ce qui nous affecte, ce que nous vivons à l’intérieur est bien souvent le reflet ou un écho de ce qui se passe à l’extérieur et inversement.

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J’ai vécu cette année dans un monde qui a basculé, j’ai vécu un choc avec un avant et un après.  Avant le choc, j’étais dans l’insouciance,  dans l’idée que  tout est stable et immuable, que je peux croire ce que mes yeux voient, ce que mes oreilles entendent, ce mes sens me renvoient, croire à une « réalité ».  J’étais dans l’illusion, mais je ne le savais pas.  J’étais dans le confort de l’ignorance, dans la croyance que j’avais prise sur le monde et que j’étais responsable de ce qui advient dans ma vie.  J’étais dans l’illusion de la maîtrise et de la liberté.

Le choc à pris la forme d’une infection du nerf vestibulaire, puis il s’est répété à l’automne par une fracture du poignet, le choc c’est tout ce qui m’a conduit à la dépendance, à une situation de devoir lâcher, de ne plus rien pouvoir maîtriser. Simplement vivre en me laissant porter par le courant, en acceptant les contraintes physiques, je ne peux plus être celle que j’étais avant.  Le choc  a produit la destruction du sur-moi, de cette carapace de protection devenue étriquée, enfermante et pleine de jugements moraux, d’inquiétude de plaire, de sociabilité feinte.

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Etrangement alors que j’avais l’impression d’être l’ombre de moi même, de ne pas pouvoir donner  mon plein potentiel, alors que j’étais défaillante, j’ai reçu en retour des messages très positifs.  J’ai commencé à me dire que toutes ces règles et ces protocoles que je m’imposais depuis des années, si je m’en libérais, loin de m’écrouler ou de partir en miettes, je pouvais peut-être trouver de la consistance.  Il est difficile de comprendre qu’on puisse être  plus puissant quand on est en état de faiblesse, d’ouverture, de vulnérabilité.  Mais c’est ce que j’ai vécu, l’idée que notre potentiel se révèle quand on arrête d’essayer de prouver quelque chose, ou même de bien faire. C’est une leçon d’humilité. Quelqu’un m’a dit un jour « tu ne choisis pas ce que tu transmets » et j’en suis convaincue.  J’ai laissé faire, lâché prise et j’ai reçu en retour des témoignages touchants d’affection, de reconnaissance, de soutien aussi de ceux qui ont déjà traversé ces régions arides, ces vallées de la mort, lors d’une maladie, d’un burn out, d’une dépression.

J’ai senti qu’en me dépouillant ainsi, en m’abîmant presque sous l’effet du crash, affleurait en moi des perceptions nouvelles.  Une sorte de révolution copernicienne, un voile que l’on déchire, j’ai soudain pris conscience de la part d’ombre qui m’habitait,  et j’ai essayé de l’observer sans la juger et sans me laisser envahir par la peur ambiante.  Nous avons tous en ce moment à affronter nos peurs, à confronter nos croyances à un réel toujours plus illusoire et mouvant.  J’ai aussi compris que la réalité (que je croyais être tangible et stable) pouvait se révéler mouvante.  La réalité nous est propre et dépend de nos perceptions, nous sommes tous amenés à vivre dans notre bulle de filtres qui sélectionne, trie les informations, nous présente une image parfois aussi éloignée du réel que peuvent l’être un rêve, un film ou une carte postale. Certes il nous est impossible de nous extraire de nous même pour voir le monde autrement, par contre nous pouvons changer, et faire évoluer notre perception du monde en travaillant notre point de vue, nos croyances, nos zones d’ombre.  J’ai physiquement éprouvé à quel point le réel était fabriqué par nos sens et donc potentiellement trompé par ces derniers. J’ai vécu une expérience qu’on pourrait qualifier de métaphysique.

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Au coeur de la crise, j’ai interpellé une hypothétique entité supérieure en lui demandant pourquoi elle ne me laissait pas tranquille et ce qu’elle voulait de moi, quand après avoir tout vomi, il ne me restait que de la bile à cracher.  Quand mon corps me soutenais à peine et que le moindre mouvement venait me faire tanguer, expulser le peu de thé que j’avais pu avaler.  Personne alors ne m’a répondu, j’ai été façe au silence, dans l’incompréhension la plus totale de ce qui était en train de m’arriver.  Je me sentais un jouet dans les mains d’un enfant capricieux, le destin m’envoyait des épreuves, mais plus rien ne faisait sens, j’étais dans une grande lessiveuse cosmique.  Il n’était pas temps de comprendre, il était temps de se dépouiller, de se mettre à nu, on ne renaît pas sans passer par des étapes de mort symbolique. Parfois cette mort est réelle, mais ce n’est qu’une étape de plus, un passage qu’il faut vivre pour changer d’état, pour changer d’être.  Je n’avais pas peur et en cela j’étais déjà très heureuse de pouvoir vivre et ressentir toute cette intensité.   La douleur qui m’avait tellement inquiétée jusque là s’est révélée aussi une construction de l’esprit, un signal dont on peut éteindre le volume pour continuer à fonctionner le temps qu’il faut pour survivre.  Mon corps s’est dérobé,  et c’est par lui que je vais me reconstruire.

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Car dans cette traversée des vallées obscures qui forment ma psychée, j’ai trouvé un allié précieux dans mon corps, la lumière ne s’est jamais éteinte dans mon coeur au contraire j’ai pu voir à quel point il réchauffait en moi des zones depuis longtemps endormies et gelées.  Le dégel ne se fait pas sans douleur, ni sans perte, il faut accepter de couper avec ce qui n’est plus vivant en nous.  Au sortir de l’hiver, il faut prendre le temps et préparer à l’intérieur de soi tout ce qui va exploser au printemps.  Plus on attend, moins on craint de voir geler à nouveau les précieux bourgeons et les fragiles fleurs qui leurs succéderont.  Les leçons de ténèbres, c’est accepter d’aller au plus profond de soi, confronter ce qui nous fait peur, réparer ce qui est brisé, renforcer son lien à la terre pour pouvoir à nouveau s’ouvrir au monde, éclore dans l’univers et rayonner au printemps suivant.

L’hiver n’est pas la saison de la mort, c’est la raison où la vie se retire et s’épure dans  ce qu’elle a d’essentiel, c’est un retour au fondement,  au coeur de ce qui nous anime.  Pour vivre le mouvement, il faut de la stabilité, pour percevoir la lumière il faut de l’ombre, l’équilibre de notre univers se fissure, mais nous pouvons rester ancrés, renforcer notre être par des épreuves afin de pouvoir vivre ce qui nous attend.   J’ai confiance dans la lumière, elle va revenir, car les cycles du vivant  par leur évidente simplicité et leur connexion à l’énergie globale, dépassent les manipulation des hommes.

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Nature et culture

J’ai bientôt quarante ans et dans mon chemin de vie je suis passée par plusieurs phases, plusieurs moments. Née comme tout le monde dans l’état de nature, j’ai passé toute mon enfance et ce jusqu’à mes 30 ans dans un manque de culture, avide de cette dernière, à travailler dans la culture,  puis en vivant en ville, dans le monde des médias, dans l’image, la projection. Depuis 10 ans, j’ai ouvert les yeux sur une souffrance chronique de mon corps, j’ai repris ma vie en main, c’est à dire au lieu de tenter de contrôler mon corps avec des médicaments, j’ai appris à écouter ses signaux à vivre avec mon corps et mon esprit dans une forme d’harmonie.  J’ai appris la beauté et l’énergie de la vie, j’ai appris énormément ces dernières années en travaillant avec les plantes et avec le vivant (notamment avec les bactéries).  Aujourd’hui je pense que l’humain est beau dans ce qui le relie aux animaux, aux plantes, aux éléments et aux autres humains.

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Il y a 10 ans, la nature m’inquiétait, parce que j’étais en lutte contre ma propre nature, parce que j’avais peur des ressentis et des forces qui en moi bouillonnaient sortaient par des chemins non conventionnels d’un corps que j’essayais de contrôler de toute force.  Dans des vêtements serrés, insignes sociaux, dans un contrôle de mon alimentation, dans une auto médication qui faisait que je ne sortais jamais sans une petite pharmacie sur moi. Ce contrôle extérieur, chimique, ne m’a pas été imposé, mais la société m’a proposé tous ces moyens de maîtriser mon corps, ses hormones, ses fluides, ses gaz, ses miasmes, ses effluves, il n’était pas d’expression que je ne pouvais faire taire avec l’aide de la chimie et de la pharmacopée.   Ce traitement de choc, mon corps, me le rendait au centuple, avec tout un tas de réactions, d’irritabilité, d’effets indésirables  qui se manifestaient toujours dans ma vie sociale et me donnèrent envie de me couper des autres (toute coupée de moi même que j’étais déjà). Je me suis isolée, j’ai vécu dans la souffrance, loin des autres, dans une profonde incompréhension de qui j’étais.   Mais en surface, je menais une vie plutôt amusante à travailler dans le cinéma, ce milieu culturel plutôt superficiel qui sous couvert de distraction des masses, ne fait que renforcer les idéologies dominantes par un jeu d’auto censure tout à fait fascinant dont j’ai été le témoin pendant plusieurs années…

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La reconnexion avec mon corps et ma nature profonde ne s’est pas faite du jour au lendemain, il a fallu la douceur du yoga combinée à la thérapie et surtout il m’a fallu faire le deuil de ces ambitions extérieures, l’idée même d’un travail salarié dit « normal » et d’une vie « normale » ont du être questionnées.  La nature fait peur, sa sauvagerie, sa violence parfois, son énergie sont autant d’éléments que j’avais essayé d’enfermer en moi comme étant  inférieurs.  Les besoins naturels font sans cesse l’objet d’un apprentissage à patienter, à différer, à juger honteux, voir à nier ce besoin. Depuis notre enfance on nous enseigne qu’il faut manger à l’heure prévue par d’autres (mais pas forcément quand vient la faim) qu’il faut finir son assiette, même si on n’a plus faim, qu’il faut éviter de faire du bruit comme inspirer de l’air avec sa soupe (alors que dans d’autres cultures au contraire c’est socialement demandé cf. le Japon). La liste est longue de tous ces besoins dont nous nous sommes coupés et qui sont tombés peu à peu sous les diktats de la culture (et de la bien pensance, voir même de la pensée unique).

Opale

Hier des amis sont passés et m’ont apporté un nouveau mot que je ne connaissais pas :  l’adjectif féral   qui qualifie une espèce domestique retournée à l’état sauvage  pour les animaux ou alors une espèce végétale cultivée qui croit hors de l’espace destiné à sa culture.  Je les remercie pour avoir ajouté ce mot à mon vocabulaire, car il qualifie très à propos mon ressenti actuel, celui d’avoir été cultivée et de vouloir revenir à la nature, cette idée de pousser et vivre à côté de la case attribuée me parle également.  Ce n’est pas un retour en arrière, une volonté de venir à un état de nature idéal (car pour moi la nature a toujours été plus ou moins suspecte et inquiétante), mais c’est plutôt faire le chemin vers la nature, afin de trouver sa nature, son identité et sa liberté.  La mauvaise herbe qui pousse n’importe où dans le béton et témoigne d’une force de vie étonnante est une image que j’ai toujours aimée.  C’est amusant aussi comme les plantes qui m’intéressent et avec lesquelles je travaille sont des plantes communes, plantes de friches qu’on pourrait dire invasives, en tout cas dont la résilience et l’adaptation n’est plus à prouver.   La nature pour moi n’est pas un trésor à protéger en choisissant quelles espèces ont de la valeur et quelles autres il faut négliger. La nature est une énergie protéiforme, un flux variable et inattendu qui nous transcende, nous traverse, nous crée, nous parle, nous lie et tout ce qui consiste à  séparer, à distinguer, à nommer, à emmurer est anti-naturel. Il importe ensuite à chacun d’apprécier et de définir la façon dont nous sommes reliés à ce grand Tout Naturel.  Ainsi la séparation que j’ai toujours ressentie entre nature et culture s’altère peu à peu en moi, comme une blessure qui se referme, une fracture qui se résorbe et je retrouve ainsi la force, l’énergie et l’instinct  qui me guident vers la féralité.

PS : c’est un plaisir d’ajouter à son vocabulaire de nouveaux mots qui ne sont pas issus de la novlangue actuelle.

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Lâcher pour mieux tenir

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Depuis quelques temps, j’ai l’impression que la vie m’envoie de nombreux signaux m’invitant à découvrir et à expérimenter la force du lâcher prise.

Cet apprentissage de l’abandon est l’un des plus important que j’ai pu faire ces dernières années.

J’ai toujours eu le souci de garder le contrôle, et j’ai vécu dans l’illusion que ma vie était maitrisée (si ce n’est maitrisable).  L’emprise que j’avais sur moi-même était une forme de prison, de soft power de la volonté sur ce qui advient ou parfois sur ce qui n’advient pas.  J’ai aimé cette illusion du contrôle depuis mes années de jeunesse où me privant peu à peu de nourriture, j’ai pu apprécier la disparition progressive de mon corps et m’enivrer des joies éphémères de l’autotrophie et du jeûne si tendance en ce moment.  J’ai vu comment mon cerveau prenait le dessus sur le corps et s’illusionnait de pouvoir tout maîtriser (les bouchées, les kilos, les angoisses).

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Lâcher prise est le plus souvent considéré comme un acte de capitulation, comme un moyen de fuir le conflit.  Les vertus innombrables de cette attitude sont peu enseignées dans notre culture.   Quand on lâche prise et qu’on se laisse aller au sentiment d’abandon à la vie, on peut aussi voir revenir vers nous ce que  nous venions de délaisser, on peut y trouver tant de force et d’énergie qu’il nous est ensuite possible de gravir des montagnes, on peut lâcher sans capituler, trouver la voie du moindre effort pour mieux lutter, on a tout à gagner quand on abandonne un combat qui nous détruit.

Cette année, j’ai dû apprendre à lâcher de nombreuses exigences, j’ai du faire avec les limites de mon corps, de mon esprit, de mes possibilités.  J’ai gagné de nouveaux sens en m’abandonnant  au vertige, j’ai trouvé plus de solidité dans le mouvement que dans l’immuabilité fêlée.  J’ai appris à plier, à courber l’échine à composer avec les contraintes.  Certaines questions ne peuvent se résoudre que dans un écroulement intérieur.  Ceux qui ont vécu un burn out, une dépression, un deuil, une maladie grave et invalidante ou chronique savent  qu’il faut accepter d’abandonner une part de soi même pour trouver à nouveau la paix, l’équilibre et la joie.  Malgré la souffrance induite par ces changements dans ma vie, j’ai décidé de renoncer à ma présence dans la société actuelle, je n’ai pas besoin de vous, ni vous de moi. Lâcher prise c’est surtout cultiver la confiance dans la vie, savoir qu’on ne tombe jamais de très haut tant qu’on a les pieds sur terre, c’est travailler ses attaches  dans la liberté de pouvoir aussi les rompre sans  tout détruire.

Depuis peu ma vie sociale est réduite à peau de chagrin, plus de ciné, ni de restaurant (mais il y a longtemps que ce n’était plus mon quotidien), plus de bibliothèque, plus de piscine, plus de concerts, je renonce à participer à tous ces loisirs, à ces rencontres, à ces évènements qui me demandent de justifier d’un statut vaccinal ou de contagiosité.  Je ne veux pas de cette suspicion généralisée, je veux la liberté et ma liberté passe par cet abandon volontaire.  Ce n’est pas la société qui m’interdit son accès (même si je sens bien que ma présence n’est plus souhaitée parmi vous) c’est moi qui choisi de changer de vie.

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Dorénavant je simplifierai encore plus mes relations, je partagerai des repas chez les uns ou les autres, cuisinés ensemble de préférence, je profiterai des miettes de cultures venant jusqu’à moi sous la forme d’ondes radio,  de concerts privés, de projections à la maison.  Je continuerai d’ouvrir ma porte à qui veut venir me rencontrer sans demander autre chose entre nous que la confiance réciproque. J’apprendrai la proximité, l’entre-aide, le soutien et l’amour inconditionnels, car ce sont les seuls mode d’être qui aient de la valeur dans nos vies. J’ai presque envie de remercier le monde de m’avoir mise sur cette voie plus vraie et juste qu’avant et qui va sans doute m’amener encore plus loin dans l’engagement que j’ai pris de préserver la Vie et mon lien aux autres, avant tout. Merci à ceux qui continuent d’apprécier mes mots, ma présence et  nos liens malgré nos différences.  J’ai fais mon choix, il consiste à lâcher  prise pour mieux me tenir droite, face à ce qui nous attend demain.

Lâcher pour résister !

 

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L’injection contradictoire

Depuis quelques années, en gros depuis que j’ai fais des études d’audiovisuel et que j’ai appris à analyser et décrypter  les images et messages dont nous abreuvent le cinéma, puis la télévision, la publicité et maintenant Internet, je suis sensible aux caractère faux, voir contraire de la plupart des messages que nous recevons.  Pourquoi les publicités pour des produits agro-industriels nous ventent le côté  « naturel » de leur produits (voir les pubs Herta), idem pour les shampoings, et je ne parle même pas des pubs innombrables de voitures qui vous vendent la liberté, la joie, et l’écologie (tout l’inverse des réjouissances liées à la possession d’une voiture).

Aujourd’hui ce sont les discours et injonctions de nos gouvernements qui recèlent des contradictions innombrables et dans lesquelles, on fini par inverser toutes les valeurs, à l’image de l’oeuvre d’Orwell 1984.   Il faut s’isoler pour « être ensemble »…   Se masquer pour  » se retrouver »… se faire vacciner même si on ne cours aucun risque (du fait de son âge) et surtout « pour protéger les autres »…  Les injonctions contradictoires créent des tensions dans nos têtes et nous amènent à ne plus pouvoir discuter de quoique ce soit, puisque les « camps » s’établissent en pour et contre irréconciliables.

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Souvenirs des luttes antérieures qui déjà clivaient et portaient leur lot de mensonges.

Vous entendez aussi dans les médias, les informations anxiogènes sur le climat, l’état de notre société qui se délite, la pauvreté et la précarité qui gagne peu à peu du terrain… Par ailleurs, on nous incite à reprendre la consommation à outrance au mépris de la planète, à diaboliser les fakes news et le complotisme  bref tout ce qui ne relève pas de la doxa (pensée majoritaire dominante) et à profiter de la hausse des prix de l’immobilier pour vendre toujours plus cher des biens qui ne permettent plus aux gens (et certainement pas aux plus modestes) de se loger.  Il faut donner aux associations alimentaires ou autres, mais ne pas critiquer les mécanismes de répartition sociale qui sont lentement mais sûrement démantelés (voir la réforme de l’assurance chômage et des retraites).

Je suis fatiguée de cette société qui marche sur la tête, de la façon dont on a réussi à faire perdre la tête à plus d’un dans cette période de grand chamboulements.  Ma bouée de sauvetage, mon îlot de bon sens et de joie en ce moment s’appelle Reinfo covid, c’est un collectif de médecins et scientifiques qui ont à coeur d’informer le public le plus complètement possible et leurs conclusions vont  parfois contre courant des injonctions gouvernementales.  Ils font un énorme travail d’éducation populaire, de partage de leurs sources et modes de calculs, ce ne sont pas juste des « complotistes » qui dénoncent, mais ce sont des gens en lutte qui résistent avec les armes de la raison, de la bienveillance et du  partage de  leur savoir et compétence.  Leurs vidéos sont régulièrement censurées, et pourtant leurs voix dissidentes sont d’une grande modération laissant toujours la porte ouverte au dialogue et à la discussion.  Il sont ma bouée de sauvetage, quand je regarde leurs lives le jeudi soir, je me dis qu’ils ont un rôle essentiel et je sais qu’ils sont suivis par un grand nombre de personnes, mais pas la majorité, car leur discours tombent dans le grand chaudron des « discours alternatifs » aujourd’hui qualifiés de complotistes où ils se mêlent à l’immense gloubi boulga du tout et n’importe quoi le plus sensationnel.  Eux ne font pas dans le sensationnalisme ni dans l’émotion, ils ont cette ligne fine de chercher à faire entendre une vérité qui dérange, ils remettent du sens dans ce que nous vivons (eh oui le covid se soigne et n’a pas besoin d’une vaccination mondiale et générale) ils font apparaitre le non sens des choix politiques actuels, ils tentent de lutter contre ces discours majoritaires relayés par les médias et les écouter fait percevoir l’écart entre les injonctions contradictoires que nous subissons et un discours de vérité  qui ne demande qu’a apaiser des tensions créées de toute parts.  Ils pratiquent la communication non violente, ils sont sur une ligne claire et sont ouvert à la discussion sans dogmatisme.

DSC00122La dernière vidéo en date se trouve sur Facebook, elle date de dimanche après-midi et c’est un modèle de modération, invitation à résister dans le respect de l’autre et la non violence.  Leur message est de plus en plus de garder l’ouverture au dialogue, malgré les vécus et ressentis qui peuvent nous séparer.  Je crois que ce message d’ouverture à l’autre est essentiel.  J’ai vécu avec certaines personnes l’incompréhension, je sais aujourd’hui que mon point de vue et mes choix ne valent pas plus que ceux d’un autre, c’est pourquoi je ne cherche pas à les imposer ni même à les diffuser, ils sont tout simplement juste pour moi.

La névrite des dernières semaines m’a appris que le point de vue est essentiel et que nous avons chacun la force de créer le monde qui nous entoure, de l’influer non pas en ralliant les autres à nos vues, mais en étant conscient de nos propres biais de perception et de la puissance de ces perceptions.

Je lis en ce moment un petit livre de Christiane Singer intitulé « Du bon usage des crises » dans ce livre à chaque page je trouve des clés et des éléments qui me parlent. Elle raconte cette anecdote d’un employé des chemins de fer qui nettoyant un wagon frigorifique s’est fait enfermer dedans un vendredi soir et convaincu qu’il allait passer le weekend dans le froid, il en est mort. Cependant quand on l’a trouvé le lundi matin, on a aussi découvert que le frigo n’était pas allumé et que l’homme était mort de se croire en train de geler dans ce wagon.

Je cite la conclusion de Christiane Singer « Nous vivons et nous mourons de nos images, pas de la réalité.  La réalité ne peut rien contre nous.  La réalité n’a pas de pouvoir contre nous.  C’est la représentation que nous en avons qui nous tue ou qui nous fais vivre. Imaginez le contraire, imaginez un employé des chemins de fer enfermé dans un wagon frigorifique branché mais qui survivrai en visualisant le soleil tout un week-end. C’est aussi possible.  Bien sûr que c’est possible et c’est ce que nous avons à faire dans cette société, où nous mourons de froid, où nos coeurs meurent de froid.  Le pouvoir de l’aspiration du négatif est quelquechose d’extraordinaire.  C’est un puissant aspirateur.  Et pourtant la même force est à notre disposition dans la ferveur.  »  Le livre date de 1997… remplacez « pouvoir du négatif » par « peur » et « ferveur » par  « résistance », nous y voilà !

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Les goûts et les couleurs

Dimanche dernier je me suis levée avec une sensation de malaise, tout tournait autour de moi (ce qui arrive parfois le matin), mais la sensation est restée plus longtemps que d’habitude.  Les murs et tous les objets se déplaçaient, à l’intérieur de moi aussi ça tanguait et puis j’avais le mal de mer, la nausée, bref une matinée pas facile, comme ça arrive parfois.  La veille ne j’avais pas bu, si ça avait été le cas, j’aurai pensé être encore sous l’emprise de l’alcool, je ne consomme pas de psychotropes, mais définitivement il y avait de la fumée dans l’air et plein de difficultés pour faire le moindre mouvement.  J’ai décidé d’y aller lentement.  Au fil de la journée, le malaise s’est calmé peu à peu et j’ai pu presque revenir à la normale lors d’une petite ballade, le plein air m’a fait du bien, j’ai pensé que je m’étais empoisonnée peut être en cirant mon escalier ou je ne sais pas, mais bref tout ça allait passer.

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Essaouira, Maroc

Le lendemain et tous les jours suivants, le vertige est revenu, de plus en plus fort avec chaque matin son lot de nausées, son vomi de vide (j’étais incapable de manger) et puis c’était un peu plus difficile chaque jour de tenir debout, de marcher sans avoir l’impression de tomber à chaque pas, sans me tenir aux meubles…  Bref au bout de 3 jours  je vais consulter.  Ca prend un peu de temps de trouver le nom de ma condition, une fois éliminés l’AVC, le vertige positionnel bénin, le vertige de Ménière…. me voilà affublée d’une Névrite Vestibulaire, ou pour le dire plus simplement d’une inflammation d’un seul côté du nerf de l’oreille interne responsable de l’équilibre. Ca ne fait pas vraiment mal, ça fait juste tomber sans fin du même côté, l’impression de tanguer, d’être sur un bateau par gros temps et puis l’envie de vomir, parce que le corps supporte assez mal cet état.

Au bout d’une semaine de vertiges, un peu dénutrie, je me suis dit que c’était bien de savoir le nom de mon affection, mais comment ça se soigne ? Eh bien ça se rétabli tout seul, en recréant des nouvelles connections dans le cerveau, afin de permettre au nerf du côté lésé de retrouver un peu de perception et surtout afin d’accorder l’information en provenance des deux oreilles,  l’une ayant un signal très forte et l’autre très faible, c’est ce problème de désaccord du signal  qui crée les vertiges et les mouvements oculaires qui tentent de raccrocher peu à peu les informations et de stabiliser la vision. J’ai attendu 7 jours pour voir les premiers signes d’amélioration.  J’ai encore de nombreux vertiges, mais ils diminuent, sont moins intenses et puis j’apprends aussi à les provoquer afin de me rétablir, je dois amener mon cerveau à accepter ces nouvelles sensations…

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Alicante, Espagne

Le plus étrange ce sont les perceptions associées à ce nouvel état.  Non seulement j’ai chaviré pendant une semaine, mais j’ai aussi d’autres symptômes plutôt étonnants qui sont principalement une nouvelle acuité sensorielle. Le premier sens qui s’est  manifesté, c’est l’odorat, il y avait plein d’odeurs qui me gênaient, des odeurs habituelles (comme celle de mon chien ou des cuves d’indigo) des odeurs de passage, bref  je me suis trouvée très sensible aux odeurs.  Puis quand j’ai pu manger à nouveau, c’est le goût qui s’est manifesté.  Tout les aliments ont un goût beaucoup plus prononcé.  Je ne supporte plus le sel alors que j’adorais ça avant.  Tout est trop salé.  J’aimais mélanger les goûts et beaucoup d’ingrédients dans un même plat et je sens que  mon plus grand plaisir est de manger l’aliment dans sa simplicité, sans goût rajouté ou exhausteur.  J’ai  redécouvert le goût des fruits frais… des herbes…et je ne veux plus rien manger de transformé.  C’est bizarre, car je ne sais plus ce que j’aime, j’ai encore parfois les réflexes d’avant et ce qui me faisait plaisir ne me plait plus.  J’ai envie de crudité, de simplicité et de goûter la variété dans chaque aliment, comme le goût de chacune des pommes de terre cuites à la vapeur qui est légèrement différent de l’une à l’autre, sans accompagnement. J’attends avec impatience de manger ma première barquette de fraises, c’est ce qui me fait le plus envie en ce moment, les fruits de saison. Manger en pleine conscience, c’était un truc que je voulais expérimenter, c’est chose faite depuis peu chaque aliment me comble ou me déçois, j’ai envie de tout expérimenter à nouveau.

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Kaifu, Japon

La lumière aussi me perturbe encore plus qu’avant, même si je n’ai pas encore remarqué de nouvelle perception des couleurs,  ça viendra peut-être tout comme le toucher qui doit lui aussi avoir été impacté. Le son est aussi plus fort et plus intensément émotionnel (déjà que je pleurai au moindre violon) je me suis surprise à pleurer ou à danser plusieurs fois dans la semaine…

Je redécouvre tout ce qui m’entoure, comme une nouvelle naissance, comme après un accident.  Je me délecte des sensations, des présences amies à qui je peux dire que j’allais mal, mais que ça va mieux.  Je pense que cet épisode, au delà des changement physiologiques, va me pousser sur mon chemin, me guider vers d’autres cieux, comme quand on perd le cap dans la tempête et qu’on découvre soudain une terre inconnue, nouvelle, jamais explorée.   J’ai cette sensation de repartir en voyage à l’intérieur de mes perceptions, de réapprendre tout depuis le début.  Nos capacités de transformation sont infinies et chaque maladie est aussi l’occasion d’apprendre, de redécouvrir à quel point la  perfection de notre corps et son adéquation avec l’environnement est essentielle.  Nos souffrances du quotidien, nos problèmes, nos joies même prennent une autre dimension quand c’est la pleine santé nous fait le cadeau de pouvoir vivre simplement, apprécier chaque instant, créer des liens plus forts avec les autres, tout ce qui nous rapproche m’émeut de plus en plus.  Je ressens en moi comme une blessure qui se referme, une coupure qui cicatrise et une nouvelle circulation d’énergie dans ma vie.  Après avoir été secouée, après avoir perdu l’équilibre et mes repères, je me retrouve, prête à faire face aux tempêtes à venir.

Black Beach

Black beach, Oita, Japon

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Partir

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Partir, en vacances ou pour une autre vie, pour une semaine, un mois, un an, partir est toujours un déchirement. J’ai beau y être préparée, l’avoir voulu, souhaité, organisé, ce départ convoque tous les autres… Ceux pour lesquels je n’étais pas préparée et où je me suis sentie arrachée, déracinée.  Ceux que j’ai voulu, mais qui ont malgré tout apporté leur lot de douleur et de déchirement.  Ceux que j’ai vécu ces derniers temps : déménagements, changements de ville et de vie, même le plus infime des départ contient tous les autres et apporte son lot d’angoisses et de doutes.

Ais-je fais le bon choix ? Saurais-je vivre ailleurs ? Que faire de ceux qui restent,  à qui l’on tient et dont on ne pourra pas s’occuper ? Suis-je dispensable ? Suis-je prête ?

Partir c’est quitter un monde pour aller vivre dans un autre.  Tout  départ valide de fait qu’il existe des univers parallèles, des mondes différents, un ailleurs qui continue d’exister même si on n’y est plus présent. C’est pourquoi le départ prend aussi la forme des phases du deuil, d’un rituel qu’il faut accomplir afin de voyager sereinement.  Il y a tant d’incertitudes une fois le seuil de notre porte franchi.  Mais en même temps nous ne quittons que très rarement le monde balisé, normé, contraint de nos sociétés modernes.  Je regrette parfois le temps des voyages en bateaux, incertains et longs, celui du train à travers l’Europe jusqu’en Orient.  Je n’aime pas l’avion, ces bétaillères à touristes, ou l’on passe par des portiques, dans des files d’attente, à enlever chaussures et ceintures, avant de se retrouver enfermé dans un suppositoire géant pressurisé.  La vitesse de l’avion rend le voyage trop rapide et pourtant le temps s’y étire à l’infini.  Endormis, nos âmes flottent en parachute loin derrière nos corps qui filent à 900 km /heure. Derrière chaque avion de ligne flottent les âmes de ceux qui veulent aller vite d’un endroit à l’autre du globe. Parfois cet étirement, ce décalage est presque douloureux.

La force du voyage est aussi de nous rendre notre intégrité, ailleurs nous restons nous même. Malgré tout, notre vie, quoique fort différente dans une culture autre, perdure dans ce qu’elle a d’essentiel.  Il faut partir pour expérimenter ce fait, nous sommes insoluble dans le voyage, notre être peut se développer ici ou ailleurs et même loin de nos racines, nous pouvons créer des liens avec les autres.

Fleur d’indigo chez Miwa

Je pars sereine et joyeuse de retourner dans un endroit que je connais déjà.  Curieuse d’en apprendre plus sur une culture qui m’est aussi lointaine que proche. Heureuse de déconnecter avec un réel trop prenant et de m’offrir ce luxe de quitter ma vie d’ici, un temps, afin de me retrouver.

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Revenir de loin

C’est souvent ce que l’on se dit quand on a frôlé la mort, mais c’est aussi la sensation de renaissance qui accompagne le long travail de (re)conquête de moi même que j’ai abordé il y a quelques temps.  L’impression de vivre plus intensément est toujours là quand on voyage, quand on déplace ailleurs ses problèmes, laissant les valises à la maison, on voyage toujours plus léger.  Si  l’on revient le coeur lourd, c’est avec les semelles du vent qu’on arpente les routes. Le voyage c’est l’épreuve de l’autre, un univers parallèle qui nous décentre. C’est le meilleur moyen de faire bouger en nous cette mer morte, de sentir son centre tout en le déplaçant.

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J’ai eu la joie de découvrir un pays lointain et néanmoins familier, à la langue proche et à la beauté sauvage singulière.  J’ai aussi retrouvé une âme soeur, une amie qui m’est chère et avec laquelle je partage la sensibilité pour les couleurs, le goût pour les petits riens et les trésors naturels…  Il y a des gens comme ça que l’on aime tout de suite et peu importe la distance, il y a des gens à qui l’on pense souvent… sans trop savoir pourquoi.

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Lors de cette visite un peu particulière j’ai eu l’occasion de me faire lire les cartes par une sympathique cartomancienne amateur et voici ce que j’ai tiré, une bien étrange combinaison qui l’a laissée un peu perplexe. Là encore la mort est présente, toujours travaillée par le passé, l’idée que les morts sont vivants qu’ils nous habitent. De temps en temps ils nous appellent avec force, nous rappellent qu’on est là parce qu’ils ont vécu avant nous et continuent de remuer des choses en nous. Apprivoiser la mort, c’est toute la symbolique de cette fin du mois d’Octobre du jour d’Halloween ou le dias de los muertos au Mexique.

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La mort peut frapper à tout moment… Nous avons été témoins d’un accident, alors que tout le monde s’amusait et fêtait l’installation de mon amie dans sa nouvelle maison, un homme s’est écroulé, le visage livide, quand j’ai croisé son regard il portait le masque de la mort. Mais le groupe a continué de jouer, pour contrer la peur, les danseurs sont revenus taper du pied et la vieille maison a vibré de nouveau.  Heureusement plus de peur que de mal, le mort parti en ambulance est revenu quelques jours plus tard, des larmes dans les yeux et des années en moins sur son visage, méconnaissable. La vie est ainsi faite qu’elle joue parfois à nous effrayer pour mieux nous rappeler l’urgence de vivre et la nécessité de changer.

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_dsc8312Mooresburg, Canada, Octobre 2016

 

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Ces morts qui nous hantent

Nous avons tous nos morts.  Je dis  » nos morts » comme on dit  « nos amis » car au final les morts qui nous hantent nous les avons choisis, où bien est-ce l’inverse ? Il ne s’agit pas ici de remplir le vide de l’absence  en pensant à un être cher trop tôt disparu.  La question est plutôt de savoir avec quel morts nous vivons au quotidien. C’est à dire lesquels continuent malgré leur mort de nous questionner, de nous nourrir, de nous emplir de leur être, d’exister à travers nous en nous murmurant des mots à l’orée du sommeil, en empruntant notre voix, notre corps, nos maux comme symptômes.

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Pour moi ces morts ne sont pas un poids, ils sont une source infinie d’histoires et ils sont mes personnages préférés.  Je me rend compte que jusqu’à présent, j’ai principalement éprouvé l’envie d’écrire à propos des mes morts, pour prolonger leur présence, leur vie et leur esprit, pour  retrouver leurs mots, pour les faire revivre en quelque sorte. Il y a ces idées flottantes, cette obsession de l’absence comme un motif récurrent. Mais que dire alors des morts que je n’ai jamais connus et qui me hantent malgré tout ?

Il y a longtemps peu après la mort brutale d’un ami cher, je l’ai revu en rêve. J’ai profité de ce moment pour lui dire à quel point il avait compté pour moi et tout simplement lui témoigner mon amour. J’ai senti que lui dire ces mots dans mon rêve apaisait ma culpabilité. Mise en confiance par son attitude calme et bienveillante j’en ai presque oublié qu’il était mort. Pour me le rappeler, il m’a montré un écran qui diffusait, dans un coin, l’image d’une caméra de vidéo surveillance.  A l’image il n’y avait que moi. Mon ami, avec lequel je parlais et que je voyais de mes yeux, n’existait pas dans le regard froid et mécanique de la caméra.  Ce rêve m’a longtemps hanté, car malgré son côté très apaisant émotionnellement, je dois dire qu’il ma aussi appris beaucoup sur le mode de communication entre vivants et morts.

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Dans mes rêves parfois les messages viennent sous forme de texte, d’écrits, il est très fréquent que je lise des pages en rêve.  De superbes textes qui me bouleversent.  Il y a aussi les messages écrits qui deviennent comme une balise.  Le dernier que j’ai lu s’intitulait « memories of your past present » et il était écrit avec des bonbons… C’est un rêve, on peut bien écrire des messages très profonds avec des bonbons ! Je me rappelle m’être réveillée de ce rêve avec l’impression d’avoir trouvé le graal :  l’idée que le passé infuse notre présent et inversement.

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J’ai beaucoup lu sur la psychogénéalogie et je suis convaincue que nous sommes liés à la mémoire de notre passé et à celui de nos ancêtres.  Personne ne peut vivre détaché de tout peu importe que cette mémoire soit consciente ou pas.  Seul certains ressentent le besoin de se reconnecter avec ce passé, pour les autres, c’est de l’histoire ancienne qu’il vaut mieux oublier.  Mais quand le passé nous travaille, quand les morts viennent dans nos rêves, souffler sur notre épaule des bribes d’histoires anciennes, il faut avoir le courage de les excaver, pour s’en libérer enfin. Je ne vis pas dans le passé, je vis dans le présent, mais mon passé parfois me retient comme par des élastiques invisibles si chers à Anne Ancelin Schuzenberger (l’auteur de nombreux livres de référence sur la psychogénéalogie).  Alors comme Rimbaud dans , Ma Bohême : « Où, rimant au milieu des ombres fantastiques Comme des lyres je tirai les élastiques De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur ! »

DSC06239Photo prises lors de l’expo Transfert / Bordeaux 2015

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Le goût du saké et de la bière belge

Pour continuer mon voyage, j’emprunte à Ozu ce titre évocateur.  En effet deux semaines après mon arrivée, on peut dire que j’ai vraiment pris goût à la vie japonnaise.  Même si tout me reste étranger, je me sens bien ici.  Il m’est impossible de résumer ce que j’ai vécu pendant les dix jours de stage à Fujino.  Je tiens à en donner un compte rendu complet, détaillé avec des photos de qualité pour remercier tous ceux qui m’ont aidés à réaliser ce rêve en participant financièrement.  Je ferai ça sur mon blog  l’atelier de Mademoiselle C à mon retour.

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Le retour a Tokyo a été plus serein, j’ai enfin compris les subtilités du métro et  la nécessité de prévoir toujours au moins une heure de plus pour chaque déplacement, car on n’est jamais à l’abris de prendre un train express qui vous emmènera très loin en quelques arrêts. Il faut ensuite revenir sur ses pas, chercher, tourner, se renseigner auprès d’agents toujours bienveillants, mais pas toujours anglophones. Comme tout est compliqué, il faut apprendre à prendre son temps à le perdre.  J’ai placé ce voyage sous le signe de la patience et de l’apprentissage, la petite statuette du Dharma de la patience trouvée dans l’antre d’une quilteuse de Sashiko m’accompagne à présent.

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Depuis samedi je suis à Kyoto et la ville me semble étrangement décalée dans le temps, avec un petit air vintage des années 70 ou 80. Moins technopolis que Tokyo, plus tournée vers le passé, avec ses temples bondés de visiteurs et les nombreuses tenues traditionnelles que l’on voit dans la rue le dimanche portées par des jeunes et des moins jeunes. Le kimono est encore une culture vivante et on sent tout le soin dans l’habillement, les accessoires, la coiffure et le maquillage de ces mini geishas. Au musée d’art contemporain de la ville, en traversant une collection permanente de piètre qualité dans laquelle trois Duchamps se courent après, je suis frappée de me retrouver face à une photo représentant des japonais au musée du Louvre qui regardent le radeau de la méduse de Géricault. Me voilà à Kyoto dans un musée en train de regarder une oeuvre qui représente des japonnais face à un tableau bien connu qui se trouve dans mon pays. étrange mise en abîme de l’art qui se regarde le nombril et  qui finit par ne plus rien vouloir dire.

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Ce soir lassée d’avoir marché toute la journée sous un soleil de plomb, j’ai atterri un peu par hasard dans un bar servant des spécialités Belges, une carte de bières longue comme un roman d’Haruki Murakami et des moules sans frites en spécialité.  Le patron, un jeune homme à lunettes que je reconnais car il y a sa photo dans la carte sur la page des recommandations, m’explique qu’il est allé en Belgique il y a 3 ans.  Je m’amuse de n’y être encore jamais allée alors que je vis dans le pays juste à côté.  Il me sort trois albums de photos, les images de son voyage, un album entier de photos des plats qu’il a mangé et un autre pour les visites d’églises et cathédrales en tous genres.  Je me dis qu’on fait tous la même chose, on prend des photos des curiosités locales à savoir la nourriture et les monuments historiques et religieux.  C’est peut être ce qu’il reste de l’art quand le temps passe ? Un goût familier, l’impression que la nouveauté se décline à l’infini et que ce qu’il reste, les cendres du passé, sont le sel de la terre qui nous nourrit.

 

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Tokyo, premières impressions

Après avoir  souffert des âffres du départ et de la séparation, j’ai commencé un périple de 24 H en train, bus, avion, bus et 10 000 kilomètres plus tard me voilà à Tokyo. L’atterrissage sur la baie dans le brouillard, puis la découverte de la ville restent teintés de gris. le ciel bas, l’humidité et la fatigue, j’ai fermé les yeux pendant l’interminable voie rapide en sous sol qui ammène à Shinjuku. Les échangeurs d’autoroutes interminables, les immeubles hauts et l’impression d’une ville postmoderne. Pourtant les appuie-têtes en dentelle imitation crochet qui ornent les sièges du bus et ceux des taxis me rassurent, comme quelque objet familier, le napperon de grand-mère qui vient trancher dans la modernité.

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La nuit tombe vite, à 19 heures il fait nuit noire. je suis sortie faire quelques pas autour de l’hôtel, trouver à manger.  Entre les buildings, j’ai été attirée par un temple, une arche rouge monumentale au bout d’une allée élégamment fleurie d’azalées et autres plantes arbustives. J’ai aussi entendu le bruit de l’eau qui coule. Dans les petites rues derrières les immeubles de verre se trouvent des maisons aux allures de cabanes en bois, des petits jardins et des gargottes bondées aux odeurs délicieuses, mais impossible de comprendre la carte et difficile de communiquer. Je finis par rentrer manger mes originis devant un programme TV de fiction dans lequel des chats parlent. L’intrigue est simple, la preuve je comprend tout : une fille à perdu une chaussette et son chat l’a prise pour jouer… Bref exactement ce qu’il me fallait pour tomber de sommeil, il est 21h.

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Je me réveille, le jour commence à se lever, il est 4h.  J’essaye en vain de me rendormir vers 6H30 le soleil perce derrière la brume, c’est une belle journée qui s’annonce. Je retourne au temple de jour.  Je suis les actes rituels d’une fille en mini short en dentelle et talons hauts.  Elle commence par se laver les mains à l’aide d’une petite louche en bambou, la purification rituelle par l’eau. Puis en prenant bien garde de ne pas marcher au milieu de la grande porte d’entrée du temple (car c’est le chemin des Dieux) elle s’approche en passant par les quelques petits temples à gauche.  De même le chemin qui mène tout droit au temple est celui réservé aux Dieux. Au milieu du périmètre se dresse un immense Ginko femelle au tronc centenaire, un peu plus loin près d’une évocation du mont Fuji, un autre Ginko mâle lui répond.  Quelques pierres grâvées témoignent d’exploits surhumains des héros du passé. Partout des petits papiers blancs  pliés sont accrochés.  Maintenant la fille gravit les marches du temple principale et s’intalle sous l’immense corde pendante. Elle envoie une pièce sonnore dans le bac dédié aux offrandes. Puis elle s’incline par deux fois. Elle tape dans ses mains deux fois. S’incline à nouveau. Et sonne l’énorme grelot pour se faire entendre par les Dieux alentours.  Arrivée devant le temple, j’ai le bonheur de découvrir une petite brochure en anglais qui m’explique un peu mieux le rituel auquel je viens d’assister.  Je décide de prier également. En étudiant la brochure, je découvre que ce temple est dédié à Michizane Sugawara.  Appelé Tenjin-Sama, le temple est est dédié à l’apprentissage, c’est exactement ce que je suis venue chercher ici au Japon.  Du savoir, de l’apprentissage et un peu de moi-même.  Encore une fois, sans l’avoir vraiment cherché, je sens que je suis au bon endroit.

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De bon matin, lundi avant de partir pour le stage, je décide d’aller faire l’ascenssion du mont Fuji symbolique qui se trouve près du temple.  Je marche au milieu des  salary men du même pas de petit soldat que tout le monde, puis je bifurque vers le temple.  Beaucoup viennent ici prier avant d’aller travailler.  Mais peu ont comme moi le courage de gravir la mini montagne. L’ascenssion est sauvage, sur un petit chemin escarpé.  Arrivée en haut, je fais le voeux d’en gravir chaque jour de nouvelles, je ressent d’étranges frissons et des picotements dans la nuque, mais ce n’est peut-être que le décalage horraire qui me réveille tous les jours vers 4 heures avec trop peu d’heures de sommeil.

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