Lâcher pour mieux tenir

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Depuis quelques temps, j’ai l’impression que la vie m’envoie de nombreux signaux m’invitant à découvrir et à expérimenter la force du lâcher prise.

Cet apprentissage de l’abandon est l’un des plus important que j’ai pu faire ces dernières années.

J’ai toujours eu le souci de garder le contrôle, et j’ai vécu dans l’illusion que ma vie était maitrisée (si ce n’est maitrisable).  L’emprise que j’avais sur moi-même était une forme de prison, de soft power de la volonté sur ce qui advient ou parfois sur ce qui n’advient pas.  J’ai aimé cette illusion du contrôle depuis mes années de jeunesse où me privant peu à peu de nourriture, j’ai pu apprécier la disparition progressive de mon corps et m’enivrer des joies éphémères de l’autotrophie et du jeûne si tendance en ce moment.  J’ai vu comment mon cerveau prenait le dessus sur le corps et s’illusionnait de pouvoir tout maîtriser (les bouchées, les kilos, les angoisses).

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Lâcher prise est le plus souvent considéré comme un acte de capitulation, comme un moyen de fuir le conflit.  Les vertus innombrables de cette attitude sont peu enseignées dans notre culture.   Quand on lâche prise et qu’on se laisse aller au sentiment d’abandon à la vie, on peut aussi voir revenir vers nous ce que  nous venions de délaisser, on peut y trouver tant de force et d’énergie qu’il nous est ensuite possible de gravir des montagnes, on peut lâcher sans capituler, trouver la voie du moindre effort pour mieux lutter, on a tout à gagner quand on abandonne un combat qui nous détruit.

Cette année, j’ai dû apprendre à lâcher de nombreuses exigences, j’ai du faire avec les limites de mon corps, de mon esprit, de mes possibilités.  J’ai gagné de nouveaux sens en m’abandonnant  au vertige, j’ai trouvé plus de solidité dans le mouvement que dans l’immuabilité fêlée.  J’ai appris à plier, à courber l’échine à composer avec les contraintes.  Certaines questions ne peuvent se résoudre que dans un écroulement intérieur.  Ceux qui ont vécu un burn out, une dépression, un deuil, une maladie grave et invalidante ou chronique savent  qu’il faut accepter d’abandonner une part de soi même pour trouver à nouveau la paix, l’équilibre et la joie.  Malgré la souffrance induite par ces changements dans ma vie, j’ai décidé de renoncer à ma présence dans la société actuelle, je n’ai pas besoin de vous, ni vous de moi. Lâcher prise c’est surtout cultiver la confiance dans la vie, savoir qu’on ne tombe jamais de très haut tant qu’on a les pieds sur terre, c’est travailler ses attaches  dans la liberté de pouvoir aussi les rompre sans  tout détruire.

Depuis peu ma vie sociale est réduite à peau de chagrin, plus de ciné, ni de restaurant (mais il y a longtemps que ce n’était plus mon quotidien), plus de bibliothèque, plus de piscine, plus de concerts, je renonce à participer à tous ces loisirs, à ces rencontres, à ces évènements qui me demandent de justifier d’un statut vaccinal ou de contagiosité.  Je ne veux pas de cette suspicion généralisée, je veux la liberté et ma liberté passe par cet abandon volontaire.  Ce n’est pas la société qui m’interdit son accès (même si je sens bien que ma présence n’est plus souhaitée parmi vous) c’est moi qui choisi de changer de vie.

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Dorénavant je simplifierai encore plus mes relations, je partagerai des repas chez les uns ou les autres, cuisinés ensemble de préférence, je profiterai des miettes de cultures venant jusqu’à moi sous la forme d’ondes radio,  de concerts privés, de projections à la maison.  Je continuerai d’ouvrir ma porte à qui veut venir me rencontrer sans demander autre chose entre nous que la confiance réciproque. J’apprendrai la proximité, l’entre-aide, le soutien et l’amour inconditionnels, car ce sont les seuls mode d’être qui aient de la valeur dans nos vies. J’ai presque envie de remercier le monde de m’avoir mise sur cette voie plus vraie et juste qu’avant et qui va sans doute m’amener encore plus loin dans l’engagement que j’ai pris de préserver la Vie et mon lien aux autres, avant tout. Merci à ceux qui continuent d’apprécier mes mots, ma présence et  nos liens malgré nos différences.  J’ai fais mon choix, il consiste à lâcher  prise pour mieux me tenir droite, face à ce qui nous attend demain.

Lâcher pour résister !

 

1 Comment Write a comment

  1. Bonjour Caroline,
    Nous en avons parlé il y a peu, je te rejoins sur bien des points. Te lire me fait penser à un livre d’Erri de Luca qui m’a accompagnée cet été. C’est un petit livre, qui me plaisait tant que j’ai traîné à le lire, parce que je n’avais pas envie d’arriver à la fin. « Le contraire de un ». Il y évoque sa solitude, les tumultes de l’Italie de sa jeunesse, et les moments forts de lien aux autres au sein même de cette solitude. Tout ça avec la belle écriture fine d’Erri de Luca.
    A bientôt, tenons bon, lâchons.

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