Le temps d’aimer

Tout ce qui prend du temps, toutes ces activités qui nous demandent de nous investir, d’y consacrer nos jours, nos nuits, d’en perdre le sommeil et puis qui ne nous rapportent rien d’autre au final que la satisfaction de vivre ces moments pleinement, tout ceci m’attire.

Je  sens confusément que j’atteins mon but quand je perds mon temps.

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Pourtant je m’en veux, la voix de la bonne conscience, celle de la société, celle des parents et des autres, me crie que je ferai mieux de me trouver un vrai travail, de rentrer dans le moule, de faire comme eux, ceux qui vendent leur temps contre de l’argent.  Mais j’ai besoin de temps, de tout mon temps, pour vivre, pour penser, pour chercher, pour aimer.  Rien ne m’est plus précieux que le temps et je connais le moyen de le suspendre (si ce n’est de l’arrêter). Je sais que je peux le ralentir à l’envie, et passer un temps infini à faire ce que j’aime. Rien n’est plus illusoire que le temps.  Quand comme moi on aime projeter, le temps est notre ennemi et toujours on anticipe sur ce qui doit advenir.  Mais aujourd’hui, je veux le temps d’une respiration plus profonde, suspendre la course de ma conscience et laisser mon coeur s’emplir de joie.  La joie de faire une activité ludique, intéressante, la joie de voir ton regard s’allumer, la joie de partager un fruit mûr, un verre de vin, un thé chaud et aromatique. Tous ces instant que l’on partage sont de petits moments suspendus, petit accrocs d’éternité.

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Aujourd’hui j’ai pris conscience que le lâcher prise sur lequel je travaille activement est intimement lié au temps.  Et je note aussi que mes résistances sont souvent liées au temps.  Je me met la pression pour faire des choses, pour parvenir à un résultat vite. Beaucoup trop vite pour pouvoir  bien faire et atteindre le niveau d’exigence qui est le mien.  Résultat, la plupart du temps, je ne fais rien, disons rien de productif. Mais écrire, teindre, aimer, sont des processus longs dont la maîtrise nécessite le travail de toute une vie.  L’apprentissage, la recherche, le temps perdu de Proust, c’est aussi savoir trouver le temps suspendu, celui du plaisir, de la joie et du bonheur.  Pourquoi ce temps suspendu n’est qu’une parenthèse dans nos vies, alors qu’il devrait en être l’essence même ?

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Voilà des jours que je me morfond, pleine d’envie et incapable de commencer  une seule chose à la fois. Je papillonne une bonne partie de la journée et la nuit je m’en veux, je cours au ralenti dans des rêves sans fin. Ais-je l’obligation de produire quoi que ce soit ?  Ne puis-je pas simplement jouer et trouver du plaisir dans le processus ?  Jouer toute ma vie ? Ne jamais me prendre au sérieux ? Qui me l’interdit ?  Je ne veux plus accepter les codes d’une société marchande, désaxée, perdue qui confond désir et besoin. Aimer est de loin l’acte le plus rebelle et antisocial qui soit, car on n’a besoin de rien, il suffit d’avoir du temps et l’infini à l’intérieur de soi à partager.

Images du toit de la base sous marine de Bordeaux où la végétation lentement a repris ses droits, nourrie par les puits de lumière laissés par les obus de la seconde guerre mondiale. Un lieu hors du temps, très photogénique, dont les lignes droites, brisées par endroit par des éclats de violence sont aujourd’hui empruntes d’un mystère et d’une vie propre.

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